Des grands dans le petit écran

Publié le par PimentWouj

Les Temps sont troubles. Le Cinéma - avec un grand C, ouihollywoodien est malade. Car quoi que disent les résultats au box office, les budgets toujours plus faramineux accordés aux réals bien sentis et les engouements - suspects - de spectateurs pour les blockbusters et comédies de seconde zone dont on les gave : il y a une désaffection paradoxale pour la Toile. Les acteurs ne nous épatent plus vraiment et les histoires, taillées pour durer maximum 2 heures sans trop nous endommager le cerveau, ne nous surprennent plus trop non plus.

Nonobstant - première fois que j'utilise ce mot en plus de 200 articles, je suis émue - cette amère constatation, les stars et les réalisateurs hollywoodiens désappointés se sont rappelés qu'il existait une arme redoutable de recyclage : la télévision.

De mémoire, la première série qui m'a frappée en ce sens c'est Boardwalk Empire de Terence Winter, mettant en scène Steve Buscemi, Michael Shannon ou encore Michael Pitt dans l'Amérique de la prohibition. Etant déjà proche d'un état de Binge Watching critique à l'époque, je me suis arrêtée à l'épisode pilote. Mais je me réserve le temps de me faire cette série ASAP.

C'est surtout depuis 2013 que l'invasion d'acteurs célèbres en format TV Shows se fait sentir. On peut citer Hostages de Jeffrey Nachmanoff avec Toni Collette - pas vu. Mais pour moi, c'est l'arrivée charismatique de Kevin Spacey et Robin Wright en couple "politicophage" dans la web-série House of Cards qui a changé la donne. On a pu constater que oui, un acteur de grande carrure comme Kevin Spacey peut entrer dans le format petit écran sans noyer tout dans la masse au passage. Ainsi, même si chacune de ses apparitions crève l'écran, il n'enlève pas pour autant toute visibilité à ses partenaires. Idem pour Robin Wright qui offre une prestance glaciale rare. Un conseil : cette série est quand même à destination de ceux qui ont une compréhension avancée du système politique made in USA... 

Depuis 2 ans également, Bryan Fuller nous régale avec une version inédite-revisitée d'Hannibal, offrant les grands rôles masculins à Mads Mikkelsen et Laurence Fishburne. Grande fan des bouquins de Thomas Harris, je suis toujours restée pantoise devant les portraits peu travaillés du psychiatre et de ses pourchassant donnés au cinéma... cette série fait oublier toutes les erreurs passées. Ambiance bleu de gris, temps suspendu, introspection glaciale et émotions exacerbées, tout y est et plus encore ! Le Dr Chilton semble aux portes de la mort avant même le propable-futur emprisonnement du Dr Lecter qui lui donnera tant de plaisir ? Miss Verger est une jolie poupée blonde ? Peu importe ces écarts, le résultat est bien là !

BordwalkEmpire HouseofCards Hannibal

Passons sur la présence d'Anna Paquin depuis 2008 dans True Blood d'Alan Ball. Signalons le passage de Kevin Bacon en tête d'affiche de The Following (Kevin Williamson) qui ne m'a pas emballée. Mais n'oublions pas totalement la prestation hors-normes de Claire Danes depuis 2011 dans Homeland de Gideon Raff qui, loin de l'image d'espionne sexy souvent donnée à ce type de rôle, se transcende en une véritable bipolaire écorchée vive qui vit pour sa patrie. Et ce n'est presque rien à côté du percutant True Detective que Nic Pizzolatto nous a offert cette année, confrontant  Woody Harrelson et Matthew McConaughey dans une enquête moite et sanglante - voir mon article sur ce bijou ici. Ce show a permis aux spectateurs de redécouvrir deux acteurs qui se faisaient plus ou moins discrets ou n'apparaissaient que dans des rôles assez médiocres ces dernières années. Chaque saison s'offrant un duo unique d'investigateurs, on attend fébrilement de savoir quel sera la nouvelle paire de stars de la saison 2. 

L'autre grosse bonne surprise de 2014 fut la série Fargo de Noah Hawley, qui vient tout juste d'achever sa première saison. Ici, c'est à la fois un film, des acteurs et des réals - ces derniers en tant que producteurs uniquement - qui passent du cinoche à la téloche. Dans des rôles revisités par rapport au script du Fargo de 1996, Billy Bob Thornton et Martin Freeman se fondent à merveille dans des Peaux-d'Hommes à la sauce Coen's Bro. Joel et Ethan Coen ne sont pas bien loin et cela s'en ressent agréablement à l'écran. L'adaptation de leur film culte est un hommage plus que réussit ! Je ne sais pas si je peux en dire autant de From Dusk Till Dawn, série tirée des films du même nom et dont la réalisation reste aux mains de son créateur : Robert Rodriguez. Le côté - mortellement - kitch de l'oeuvre originale est respecté.... peut-être un peu trop même. Le point positif de la chose, c'est l'investigation plus poussée - poussive - dans l'histoire des frères Gecko, du bar et des vampires. Pour le reste, le jeu de certains acteurs laisse parfois échapper un bâillement agacé - en tout cas chez moi

TrueDetective Fargo FromDuskTillDawn 

Josh Harnett, Eva Green et - rien de moins que - Timothy Dalton viennent de se partager l'affiche sur la première saison de Penny Dreadful de John Logan. Si la série ne fait que confirmer - à mes yeux - le manque de talent effarant d'Eva Green, dont le jeu d'actrice consiste, quels que soient ses rôles, à faire rouler ses énormes yeux de droite à gauche en tordant son immense bouche et en tournant le coup comme si elle avait un torticolis; elle permet de redonner de l'éclat à Josh Harnett, injustement absent des écrans de toute taille quand on voit la sensibilité qu'il peut donner dans son interprétation. Quant à la série, elle offre un mix en demi-teinte entre les univers de la Ligue des Gentlemen Extraordinaires et Dracula. Les deux points noirs pour moi sont la qualité largement inégale du scénar d'un épisode à l'autre et surtout, une énième version risiblement rétro-dandy-sugar-boy de Dorian Gray, à des années lumières de la personnalité délicieusement controversée créé par Oscar Wilde - lisez le roman, merci ! Penny Dreadful se laisse malgré tout gentiment regarder. 

Depuis quelques poignées de jour, c'est John Malkovich qui s'est invité dans ma petite lucarne dans le costume d'Edward Teach alias Barbe-Noire. Pour Crossbones de Neil Cross, le monstre Malkovich se transforme en Pirate reclus. Après 3 épisodes, je ne suis pas encore totalement convaincue... Il manque un je-ne-sais-quoi - en français dans le texte - pour donner du corps et du coeur à cette communauté de flibustiers. Wait and see - sea...jeu de mots.... blague pourrie ok, passons.

PennyDreadful Crossbones

Globalement j'estime que cette arrivée de personnalités du grand sur petit écran c'est fifty-fifty. Il y a du bon, voire du très bon mais il y a aussi des petits loupés. Je dirai que ça reste avant tout une bonne idée, même si, plus encore que sur un format film, pour une série le combo acteur-réalisateur doit être plus-que-bien ciblé. La mode des films adaptés en séries - qui ne date pas d'hier - est elle aussi à prendre avec prudence. Fargo et Hannibal sont de très bons exemples. Mais From Dusk Till Dawn me laisse une impression assez mitigée. 

Et il reste encore de quoi jauger, juger et apprécier - ou pas, puisqu'arriveront prochainement The Leftlovers (Damon Lindelof) avec Liv TylerGotham (Bruno Heller) avec Jada Pinkett Smith, The Book of Negroes (Clément Virgo) avec Cuba Gooding Jr., Deadline Gallipoli de et avec Sam Worthington, Extant (Mickey Fisher) avec Halle Berry, The Knick (Jack Amiel) avec Clive Owen, la mini-série Houdini avec Adrian Brody, Wayward Pines (Chad Hodge) avec Matt Dillon, Rain avec Keanu Reeves, Westworld (J.J. Abrams) avec Anthony Hopkins, Evan Rachel WoodEd Harris et James Marsden et l'adaptation en série de 12 Monkeys de Terry Gilliam (Terry Matalas). Et ce n'est pas fini ... 

Pour conclure  en rigolant, voici le pilote de Heat Vision and Jack proposé en 1999 par Ben Stiller, avec Jack Black et Owen Wilson... la FOX n'en a pas voulu... on se demande bien pourquoi ?

Commenter cet article