Circulation nocturne

Publié le par PimentWouj

Circulation nocturne. Je suis captive de l'alanguissement routier; globule gris naviguant sans volonté dans l'artère générale de la ville. Je concède un regard mélancolique au rétroviseur, vers les dernières écorchures rosâtres du ciel. Ces stigmates faussement courroucés sont comme mes bobos et bleus à l'âme : douloureusement beaux à contempler. J'ai lâchement embarqué Brandy Butler and The Fonxionaires avec moi dans cette galère. How do you feel titre la chanson. So bad, Brandy-chérie; so bad... La Black American soul mama et ses acolytes électrisent mon habitacle estampillé Sud-coréen. Le paradoxe est total avec l'ambiance extérieure. Je monte le son. J'esquisse un sourire fatigué. 
 
Accélération. Je suis l'inflexion et l'intensité des paires de lumières rouges: crépitements et clignotements dépressifs. Le flux toussote mais n'avance pas vraiment. La joie est fausse; l'enthousiasme éreintant. Ça ressemble à une mauvaise partie de jambes en l'air; de celles qui savent jamais monter dans l'intensité désirée. Je n'aime définitivement pas être dans l'attente d'un truc qui ne viendra pas. L'infidélité se fait nécessaire et je délaisse Brandy pour Freddy McQuinn and The Humans from Earth. Moi je suis une lunaire pas de la Terre qui adore écouter les élucubrations musicales des sub-terriens. Ces mélodies plus lentes annoncent cependant quelque chose de péniblement prévisible...
 
Freinage. La première piste est Take your time. Je suis las. Tout est si lent dans cette vie... Les choses vont comme cette interminable traversée : monotones, indécises et tièdes. Rien ne se passe. Tout cesse d'aller. A quoi bon - question rhétorique ? Pourquoi continuer de faire sans ne jamais être ? Projection astrale imagée; je m'observe dans ce flot humain saturé de riens. Ralentir ne permet pas toujours de mieux prendre un gros virage n'est-ce pas ? Ou alors si bien qu'on finit par tourner en rond autour de l'Axe de l'Immobilisme. 
 
Arrêt. Je ferme les yeux un instant. Je m'imagine laisser là ma voiture et partir à pied dans la nuit; sans direction précise ni but précieux. Mes pas me porteraient forcément vers une rue mystérieuse où une fabuleuse aventure m'attendrait - ben quoi, on peut rêver ??!... Est-ce une impression ou les moteurs des voitures désœuvrées ont commencés à converser entre eux ? Je divague sous l'ennuie. Je voudrais les voir tous s'écarter me laissant courir sur mes roues, avec mes quelques poneys sous le capot. Quelque chose se prépare enfin; un frémissement de gomme et d'échappements énervés.
 
Départ. On y est. Le goulot d'étranglement s'est ouvert. La première vitesse ronronne de concert dans toutes les boîtes homologuées - ou pas. Essence et diesel se mêlent amoureusement dans l'atmosphère froide de la soirée. Ma rêverie tire à sa fin. L'humaine subversive fait place à l'automate mesuré. Je baisse le son et monte dans les tours. Don't Need a Rainbow, prétend la piste suivante. Ça c'est toi qui l'dit mon p'tit Freddy... 
 
"Non je ne suis pas blonde; je ne suis pas le sosie de Uma "before plastic surgery" Thurman; je ne conduis pas une décapotable qui envoie du pâté de fois bien gras avec un Katana forgé par un Senseï giga côté... then what ? " #saywhatagain

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