Balls, Pussy & Guns : Killer Joe

Publié le par PimentWouj

 

 

Un peu comme le choc créé par les Titans de la mythologie, la naissance des cinéma déjantés de Robert Rodriguez et Quentin Tarantino a généré des ondes qui ont déchiré l'espace artistique et engendré un abîme magistral duquel sort régulièrement des oeuvres de réalisateurs marginaux ou non-attendus à cet endroit de l'univers - je sais, cette phrase est très longue, mais c'est mon blog donc je fais c'que j'veux ! . C'est ainsi que William Friedkin, connu pour le film d'horreur de référence l'Exorciste (1973) et plus récemment pour le film d'action policière Traqué (2002), est descendu aux enfers et en est revenu avec Killer Joe, un drame décadent et sanglant.

 

L'histoire est celle de la famille Smith, ramassis de bouseux patentés, suintant la loose, la coke et la bière bon marché. Leur passe-temps favoris : se gueuler dessus avec des tronches mal lavées et des courses de monster trucks en fond sonore.

En face d'eux il y a Joe Cooper alias Killer Joe, flic et tueur à gages aux yeux revolvers. Son passe-temps favoris à lui : résoudre les problèmes d'incompatiblité humaine, parler en allumant une clope et faisant claquer le couvercle de son zippo.

Ce qui va réunir tout ce monde c'est l'affinité toute spéciale de Chris Smith, le fils prodigue de la famille, pour se mettre dans la merde jusqu'au front. Endetté envers Digger Soames, "Le" dealer de la ville, Chris ne trouve rien de mieux que de convaincre son père Ansel d'éliminer son ex-femme, dont sa fille Dottie, la petite soeur de Chris, serait l'unique héritière. A la clé de ce plan foireux : 50000 dollars; de quoi couvrir la dette de Chris envers Soames et s'assurer les services d'un tueur professionnel. C'est là qu'intervient Killer Joe dont la route croise celle de Dottie Smith, avant celle de Chris et Ansel Smith. C'est ainsi qu'en quelques minutes, Le père et le fils arrivent à s'offrir Killer Joe en ayant pour seule monnaie d'échange la jeune femme.

 

KillerJoe.jpg 

Dottie Smith (Juno Temple)

 

killer-joe

Killer Joe (Matthew MacConaughey)

 

A ce stade, Killer Joe aurait pu se "comporter" comme un vrai drame à l'américaine. Mais le film de William Friedkin va mêler réalité sociale américaine et sauce bullshit-wtf hautement épicée. Ainsi, le spectateur se retrouve prix de fous rires hystériques devant l'aberration tellement authentique de certaines répliques, puis soudainement pris d'une déglutition génée devant l'implacale sordidité de certains instants. L'engrenage sociale de la violence, de la pauvreté, des petits traffics et de la facilité de tuer est dépeint sans précautions d'usages. En même temps, Friedkin se permet d'ironiser méchamment sur la banalisation de l'usage du sexe, du chantage et du droit d'aînesse familial dans les échanges humains des classes les plus paupérisées des États-Unis.

 

Killer Joe est un film assez atypique même s'il peut contenir des inspirations extérieures. On est surpris - certaines spectatrices derrières moi semblaient même choquées - de certaines scènes mais en même temps elle trouvent - presque - toutes leur justification. La mayonnaise de Killer Joe prend non seulement grâce à la réalisation expérimentée de William Friedkin ,mais aussi aux acteurs choisis. Matthew MacConaughey (La défense Lincoln - 2011 - Brad Furman) retrouve ses racines dans ce Texas sales et pourris et il interprête un Killer Joe charismatique, à la fois enivrant et repoussant. Emile Hirsch (Into the Wild - 2007 - Sean Penn) livre une prestation impeccable, à l'image de Juno Temple (Mr Nobody - 2009 - Jaco Van Dormael) qui étonne une fois de plus dans le rôle de Dottie Smith, qu'elle livre tout en finesse naïve et en détresse. Mention spéciale également à Gina Gershon (P.S I love you - 2007 - Richard LaGravenese), loin de ses personnages habituels qui mettent davantage sa plastique en valeur; ainsi qu'à Thomas Haden Church (Graceland - 2001 - Demian Lichtenstein), énorme en père de famille solide mais lent à la détente et résigné quand à l'inoxérable effet papillon résultat de l'existence même de son fils.

 

KillerJoe.jpg

Chris Smith (Emile Hirsch) et Killer Joe ( Matthew MacConaughey)

 

Je conseille vivement Killer Joe à ceux qui aiment la sauce barbecue, les réalisateurs qui nous surprennent, les femmes en petite tenue qui frappent avec leurs insultes, les mecs qui encaissent et ceux qui tabassent, le poulet frit de KFC, l'amour vache et bien sûr... les embrouilles tâchées de sang. 

 

N'oublions pas la bande-son signée de l'excellent Tyler Bates (Sucker Punch, Californication, Watchmen, ...) dont l'écoute gratuite est disponible sur Deezer : http://www.deezer.com/fr/music/tyler-bates/killer-joe-5762071

Commenter cet article