Beauté volée : Blanche-Neige et le Chasseur

Publié le par PimentWouj

 

 

Il était une fois les frères Grimm, Wilhelm et Jacob, pères inspirés de contes et légendes devenus intemporels et profondéments encrés dans l'imaginaire universel - la Belle au Bois Dormant, Hansel et Gretel ou encore Le Petit Chaperon Rouge. C'est ici leur conte Blanche-Neige qui nous intéresse plus particulièrement, puisque le tout jeune réalisateur Rupert Sanders en a fait son examen d'entrée pour Hollywood - sans passer par la case petits films à petits budgets. Il a ainsi offert une nouvelle vision de cette histoire dans son long-métrage : Blanche-Neige et le Chasseur.

 

A première vue, on pourrait se dire "rien de neuf sous le soleil !". Blanche-Neige, comme d'autres contes de Grimm, a déjà fait l'objet de plusieurs adaptations au cinéma. Alors une de plus.... Mais que nenni ! Détrompez-vous ! Avec son Blanche-Neige et le Chasseur, Rupert Sanders pense - enfin - à celles et ceux qui en ont marre des illustrations cul-cul et féministes des histoires de princesses. Ainsi, à des milliards d'années lumières de Disney et consorts, le réalisateur américain - mais d'origine so bristish - a apporté une vision sombre, et humainement bien plus réaliste sur tous les plans. Dans Blanche-Neige version Sanders/2012, la jeune fille ne fini pas en fée du logis prisonnière des tâches ingrates et passant le balais dans sa robe usagée - idem, elle ne fera pas la boniche chez les nains. Ici, la jeune princesse déchue est enfermée au cachot, privée de vie, de lumière et de chaleur humaine. Elle désespère autant qu'elle espère mais ne se résigne jamais. Elle attend son heure sans vraiment le savoir; et pas uniquement pour lever des mains pudiquement horrifiées sur son joli visage en attendant qu'un Prince Charmant vienne la délivrer. Sur le visage de Blanche-Neige, aucune naïveté est apparente. On y perçoit juste de la générosité innée mêlée à de la soif de révolte. Kristen Stewart, la trop - tristement ? - célèbre Bella de la saga Twilight (2009-2012), a donné ici beaucoup d'elle-même, que ce soit en terme de jeu d'actrice ou d'investissement physique. Elle n'a le droit qu'a quelques minutes de propreté princière à la fin du film. 

 

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Le Chasseur (Chris Hemsworth) et Blanche-Neige (Kristen Stewart)

 

La Reine/belle-mère/Charlize Théron, est elle aussi loin de son image figée habituelle. Blonde et non Brune - couleur couramment réservée aux méchantes bitchasses, elle arbore une beauté maléfique et vénéneuse. Là où un réalisateur académique l'aurait cantonnée à brailler des ordres, terroriser le personnel du Château et se camper orgueilleusement devant son miroir, Rupert Sanders l'a métamorphosée en une créature mi-humaine mi-sorcière. Sa relation avec le Miroir est elle-même loin d'être facile... Le domine-t-elle ou est-ce lui qui la domine en secret ? Le fait même de l'appeler "Ravenna" et non juste "La Reine", décuple la personnalité terrifiante et le charisme de cette femme, lui offrant une véritable personnalité et une identité, et non pas juste un apparat sombre. Cruelle et machiavélique elle ne vit que pour deux choses : la destruction des hommes et la beauté suprême et éternelle. Écrasant chevaliers et jeunes femmes sur son passage, elle avance sons scrupules et agit, là où la Reine de Disney était juste plantée devant son miroir attendant qu'on lui ramène sa belle-fille échappée. Charlize Théron (Young Adult - 2012 - Jason Reitman) prouve encore une fois qu'elle sait jouer les femmes caméléon. Tantôt doucereuse, empoisonneuse, impétueuse,etc... Elle offre un jeu où toutes les facettes d'une femme au pouvoir noir apparaissent. Hideuse dans sa beauté lisse et belle dans sa détresse vieillissante, elle est un élément instable et colérique qui impose l'effroi et la peur. Là encore, dans les rapports de force, Rupert Sanders a été fin puisqu'il ne prend pas Blanche-Neige pour une desperate housewife stupide en lui faisant ouvrir sa porte à une vieille inconnue et bouffer sa pomme. Il joue sur la conscience qu'à Ravenna du danger que Blanche-Neige peut représenter et des alliés qu'elle pourra trouver et de la finesses qu'elle doit mettre pour la piéger mortellement.


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La Reine Ravenna (Charlize Théron)

 

Quant au Chasseur/Chris Hemsworth; lui non plus n'est pas qu'un tueur d'arbrisseaux bourru et malpropre - et mal léché. Il accepte sa funeste mission pour une récompense qu'il ne peut refuser et saura malgré tout s'en défaire très rapidement. Et,voyant qu'on confiait le rôle à Chris Hemsworth (Avengers - 2012 - Joss Whedon) j'ai eu là aussi un gros à priori, pensant qu'on allait le voir abattre à la hache des branches à tour de bras. Au final il se révèle surprenant et même touchant, en plus d'acquérir dans cette version une dimension bien plus éloquente que dans la version d'origine. Lui qui refoule constamment son besoin de protéger en détruisant, et son besoin de lumière en se noyant dans les ombres; il trouve face à lui une force pure encore à l'état de cocon et va l'aider à éclore. Car si Blanche-Neige est un diamant brut, elle a besoin d'être "taillée" pour couper la carapace de Ravenna. Le Chasseur va non seulement la guider, la protéger mais aussi la former et lui donner l'élan dont elle a besoin au combat. Au contraire de William (Sam Claflin - Pirate des Caraïbes 4 - 2011 - Rob Marshall), le Prince, qui se cantonne - sûrement pas par hasard - à un rôle de second plan, ignorant de la force de Blanche-Neige et obnubilé uniquement par son désir masculin de "sauver la damoiselle" à tout prix. 


Blanche-Neige est donc un pari réussi. Rupert Sanders a su confronter les éléments de souche d'un conte connu de tous à sa propre vision noire et meurtrière de l'univers de cette princesse orpheline. La photographie du film est splendide, à l'image de l'imposant Château du Roi Magnus et des scènes de batailles. Les personnages tels que Le Miroir ou le troll sont magnifiques. Cependant, et ceci s'explique peut-être par le fait que la copie a été rendue par un "jeune premier", il y a un peu - beaucoup - d'emprunts. Le monde du Seigneur des Anneaux de Tolkien a été largement pioché, mais j'avoue avoir surtout eu un grand moment de déception à l'apparition de l'Esprit de la Forêt Magique, un grand Cerf Blanc et des petits êtres qui y rôdent, véritables clones du même esprit créé par Hayao Miyazaki dans Mononoke Hime et de ses Sylvains. De même, les animaux de cette forêt, créatures mêlant à leur corps des éléments végétaux, sont un rappel un peu trop voyant des petites bestioles que le Studio Ghibli distille dans quasiment tous ses films... On pardonnera cet écart plagiat  pour cette fois, surtout que le réalisateur à su montrer qu'il avait un univers bien à lui. En espérant que si il y a une suite prochainement, elle brille par encore plus d'éclat noir ! D'ici là, amateurs d'Héroïc Fantasy travaillée et de fracas d'épées de braves sans concessions, faites-vous plaisir, allez voir Blanche-Neige et le Chasseur. 

 

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