Carnet de voyage : Bora-Bora

Publié le par PimentWouj

Le Voyage

 

22h d'avion c'est long... C'est surtout inhumain et contre-nature. Être assis dans un espace exigu, gavé d'air conditionné et de lumière artificielle pendant si longtemps est tout simplement harassant ! Je crois qu'à un moment donné, la foli m'a même guettée. Je perdais mes repères, la notion du temps,... mon corps était froid et douloureux par endroits. Ce voyage ne semblait jamais avoir de fin... Le pire moment est peut-être l'escale à L.A.X - aéroport de Los Angeles - où l'on se rend compte qu'on repars pour 8 heures d'avion; soit quasiment autant qu'à la première partie de l'aller. Mais ne dit-on pas qu'un trésor se mérite ? Ainsi, lorsque je posais les pieds à Tahiti pour l'escale de nuit, je ressentais déjà quelque chose de magique.

 

Se réveiller et se dire que dans moins de 3 heures je poserai les pieds à Bora-Bora... Je pense pouvoir dire sans hésiter que je n'aurais sûrement pas beaucoup d'autres occasions dans ma vie de vivre ça, où du moins d'avoir cette fugace pensée. L'avion qui me mène là-bas est digne d'un film d'aventure : vibrations au plancher, "petites" secousses intermittentes et bruit assourdissant du moteur. Cela fait sans doute partie du charme de ce voyage improbable. Et puis soudain, entre les les choux de nuages... on aperçoit quelques îles et l'incroyable "halo" bleu turquoise qui les entoure. C'est tout simplement féerique.  Quelques dizaines de minutes et un atterrissage secoué plus tard, mes petits pieds gonflés par un total de 23 heures et 45 minutes d'avion - !!! - se posent sur le sol de Bora-Bora. De là, encore 30 minutes de bateau me séparent de l'hôtel Sofitel Marara et du bungalow sur pilotis où je vais pouvoir - enfin - me prélasser voluptueusement. Ce dernier trajet est enchanteur. Il faut parcourir la lagune dans toute sans longueur pour rejoindre le Marara. C'est l'occasion de voir toute une partie de la côte, sur le flan Est de l'île. Les différents nuances de bleu des eaux et la végétation luxuriante sont un bonheur pour les yeux. Bizarrement, la chaleur ambiante et l'humidité de l'air, bien qu'en contraste violent avec le voyage sous air conditionné qui vient de se terminer, son bien moins difficile à supporter que sur la Côte d'Azur. Est-ce l'absence de pollution atmosphérique à haute dose qui me fait cet effet ? Et puis enfin le bateau accoste sur un petit ponton où je suis accueillie au son d'un ukulélé. Quelques minutes plus tard je découvre un superbe bungalow suspendu au-dessus d'eaux cristallines et turquoises - un "hublot de sol" me permet même d'en profiter depuis l'intérieur. C'est chaleureux à souhait. Ia Orana - bonjour - Le rêve peut commencer ...

 

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Bora-Bora vue de l'avion de liaison avec Papeete © Moko Mad'moiselle

 

On a nagé dans la lagune

 

Il est des endroits comme ça, où l'on peut encore tutoyer la Nature sans qu'elle s'effraie où qu'elle soit dévastée. Bora-Bora fait partie de ces endroits. Ainsi, alors que dès le 1er jour ici, l'eau me fait un appel du pied indécent; je décide, sans grande conviction vu mon état de fatigue, de barboter juste devant la plage. Je mets mon masque et mon tube uniquement pour la forme. Et là, je croit être téléportée dans un autre univers ! Des poissons de toutes sortes : zébrés, multicolores, petits, moyens; s'ébataient de tous côtés, nullement effrayés par ma présence. Mon regard est attiré rapidement par quelque chose d'incroyablement bleu Klein. Je me rapproche, en tentant de ne pas embrocher mes doigts sur les nombreux oursins blancs. Cette chose intrigante est un bénitier à la chair bleue marbrée... tout simplement splendide ! Les récifs en sont farcis. Il y en a de plusieurs tailles et de couleur "café" - air connu - également. Leur mécanisme de défense est à toute épreuve : fermeture de la coquille et accrochage avec force par le fond. Il est impossible de les déloger - à moins de les blesser. On doit se contente de les observer en paix...

 

Le Monde Perdu

 

Ici, à chaque fois que tu crois avoir vu la plus belle chose du monde vivant, une autre vient te faire mentir presque aussitôt. Lors de ma première immersion en snorking, j'avais déjà eu le droit à un spectacle merveilleux. Mais j'étais bien loin du compte... Le Sofitel Marara est composé de deux parties distinctes : la structure principale située à l'extrême pointe Sud de l'île de Bora et un îlot - ou Motu comme on les appelles ici - juste en face à 10 minutes de bateau. Je décide d'aller voir ce que donne l'atmosphère côté Motu. Incontestablement, l'ambiance y est plus sauvage. Et après 5 à 10 mn de marche sur la plage, puis dans l'eau, on atteint une côté vierge, jonchée de pierres volcaniques couleur noir ébène. Juste en face, on a la vue sur un autre petit Motu. L'instant est paradisiaque ! Sans grande conviction, je descends sur les roches escarpées jusqu'à l'eau, plus cristalline ue jamais.Je me mets en mode snorking et j'avance à pas un peu hésitants. Puis, je passe la tête sous l'eau. Il n'existe aucun mot plus fort que ceux que j'emploi depuis le début de ce récit, en tout cas pas à ma connaissance, pour décrire l'incroyable beauté irréelle sous cette eau. Une luminosité sans pareille, indescriptible et enivrante baigne ces fonds marins ! Mais ce n'est là qu'un fragment de la magie qui m'attends. Il n'est même pas besoin de faire un seul mouvement de brasse pour assister à un spectacle féerique. Sous mes yeux, un "simple" récif de taille moyenne.  Autour s'ébattent des poissons encore plus beaux que ceux de la veille. Et puis les oursins : blanc et petits que je connais déjà, mais aussi des noirs, géants et hérissés d'épines de 20 à 30 cm au bas mot. Ils sont vivants et en mouvement. C'est tout bonnement saisissant et je n'en ai encore jamais vu de pareils. Mais alors que je crois en avoir déjà vu pas mal ce jour là, une pieuvre, assez grande pour recouvrir entièrement ma petite caboche, apparaît dans mon champ de vision. Je suis... tétanisée, subjuguée, effrayée, hallucinée... Une pieuvre ? UNE PIEUVRE !!! Est-ce que je pouvais seulement espérer un jour faire une telle rencontre ? Aussi spontanément ? Sa "texture" imite la roche. Mais en ma présence, elle commence à entrer. Plusieurs fois elle change pour du rouge vif. Pour finir et devant ma grossière insistance à rester devant elle, elle vire au blanc. Je comprends le message : je suis une intruse et elle se sent en danger. Je suis obligée de m'arracher malgré moi à ma contemplation béate pour laisser ce monde, dont je ne fais clairement pas partie. Je retourne dans mon bungalow, complètement sonnée... Ai-je vraiment vu tout ceci ou était-ce une incroyable hallucination ? Ce soir-là, le dîner fut égayé d'un splendide spectacle de danseurs polynésiens. La force et l'amour véhiculés dans ces gestes, ces regards, ces sourires est incroyable ! Je crois que de ma vie, je revivrais rarement une telle journée. J'espère avoir suffisamment de force de coeur pour ne jamais l'oublier...

 

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Motu face à la Pointe Noire © Moo Mad'moiselle

 

On ira tous aux Paradis

 

Je crois avoir oublié de parler du corail jusqu'ici. Il est vrai que je suis tellement captivée par le ballet incessant des poissons et par les incroyables couleurs des organismes qui m'entourent, que, croyez-le ou pas, le corail passerait presque inaperçu. Pourtant, du corail il y en a partout. Sur la plupart des récifs, on le voit sous sa forme qui est ma préférée : en petites touffes façon "bonzaï". Les petites excroissance poussent comme de petites branches rose-orangées, délicatement taillées. Mais seule l'apparence extérieure du corail est douce. Ses bords, eux, sont tranchant et rudes. On peut cependant ramasser des morceaux qui se sont détachés naturellement pour se poser sur le sable. Si on ne les serre pas trop fort dans sa main, on peut les ramener à la surface sans écorchure.  D'autre fois le corail se présente aussi en couples de longues et courtes branches. Cela donne une impression de feu d'artifice figé dans son entier développement...

En réalité le corail ne m'impressionne pas dans sa couleur. Mais dans ses formes irréelles et surtout le fait qu'il constitue le "sable" de beaucoup de plages ici, en fait un élément qui complète vraiment Bora-Bora.

 

Bora-Bora c'est aussi les fleurs et plus particulièrement la fleur de Tiaré. Elle embauma partout. On la reçoit en collier à son arrivée, on en trouve à mettre dans les cheveux à longueur de journée. La fleur de Tiaré est vraiment un emblème d'ici. Évidemment, personne ne la porte mieux que les polynésiennes à la peau ambrée et satinée et aux longs cheveux noirs. Je trouve le parfum de cette fleur terriblement irrésistible et apaisant...Je ne m'en lasse pas. J'ai apporté avec moi mon adoré Angel Summer de Thierry Mugler. Mais je ne trouve plus aucun intérêt à porter un parfum chimique, quant une simple fleur peut produire la fragance la plus délicate, parfumée et puissante que je connaisse. J'ai pourtant déjà senti l'essence de roses de qualité exceptionnelle. Mais aucune ne m'avait fait cet effet là... On trouve aussi la non-moins suave fleur de Frangipanier. Elle aussi offre une senteur incroyable et inoubliable.

 

Et puis Tahiti et les îles de la Société c'est aussi les perles. Impossible de venir ici sans vouloir en emporter une pour se parer. Leur chatoyance peut varier : nuances de bleu, de vert, de rose, ... le summum du raffinement étant bien entendu la perle noire., si rare et si parfaite. Bora-Bora c'est autant de trésors envoûtant que fragiles - à consommer avec une extrême modération et à préférer emporter avec le coeur et les yeux...

 

Les coquillages...Lorsque je voyage, j'aime ramener des souvenirs, si possible issus de l'artisanat local. Mais ce qui est encore plus marquant, c'est de ramener sa propre "prise". Ainsi, lors d'une virée en snorking, je crois apercevoir niché dans l'ombre d'un creux de récif et caché derrière une oursin blanc, un coquillage sompteux. Quelques manoeuvres périlleuses de dégagement plus tard, je découvre que mon - mauvais - oeil droit avait vu juste : le coquillage fait 10 à 15 cm de longueur. et il ressemble vraiment à ces pâtes alimentaires qu'on nomme très justement "coquillages". Mis à part son ouverture, il arbore une robe léopard. Les bords sont  d'un marron foncé à la nuance miel d'arbre. Le coquillage dans son intégralité est d'une brillance et d'un lissage incroyable qui fait presque croire que cela a été fait de la main du meilleur joaillier. Ce coquillage - un Mauritia mauritana, je l'ai relâché une première fois. Mais le lendemain même de cette bonne action, il est revenu se jeter dans mes filets. Le raisonnement peut paraître simpliste, mais j'y ai vu là le signe qu'il s'agissait d'une offrande de Bora-Bora. Et une offrande, ça ne se refuse pas... D'autres petits coquillages sont venus - en nombre raisonnable je précise - le rejoindre : Lyncina lynx, Monetaria annulus, Conus, leopardus, Monetaria, et Mitra mitra.

 

Démons et Merveilles

 

Je pense avoir déjà eu la chance de "voir beaucoup" avec la pieuvre, les oursins géants, les bénitiers, les colonies de Bernard-l'Hermite, les poissons tropicaux multicolores... Mais ici on peut toujours voir quelque chose de plus. Je constate que le spectacle des petits marara - poissons volants de Bora - se précipitant en masse sur un bout de pain est amusant vu hors de l'eau. Du coup je me demande si ce n'est pas encore plus excitant vu sous l'eau. A ce genre de question, il faut généralement essayer de donner une réponse rapidement. Mon petit bout de pain en main, je passe sous l'eau, juste sous la surface, statique. A peine ai-je descendue ma main que je suis assaillie de marara. Mes 1.72 mètres ne les impressionne pas le moins du monde ! Mon champ de vision est envahit de poissons. Je sens leurs minuscules dents grignoter, en même temps que le pain, mes doigts de façon chatouilleuse. Le spectacle est carrément époustouflant. Autant de poissons, nullement impressionnés par la présence humaine... Hallucination aquatique ou réalité fabuleuse ? Je finis même par avoir le droit de me faire grignoter un peu la joue et le dos; la faute à des morceaux de pain fugueurs.

 

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nuée de poissons Marara © Moko Mad'moiselle

 

Les bénitiers aussi m'ont à nouveau étonnée. J'ai découvert d'autres couleurs de chairs : jaune moutarde moucheté de brun, noir, gris marbré... Il est impératif de s'immobiliser totalement pour observer leur mouvement de suçon. Un soir, j'ai eu l'occasion de goûter leur chair à la table du Sofitel. La saveur est agréable en bouche. Mais bizarrement, en me figurant ces chairs fluorescentes, j'ai un peu de mal à faire passer la chose. Peut-être que cela veut dire qu'il ne faut pas forcément vouloir tout manger...

 

Les démons de la mer, je les ai entendus et sentis au cours d'un récit intitulé La Mort Bleutée que j'ai déjà relaté.

 

Quand à la dernière merveille de l'île, une rencontre, je l'ai elle aussi déjà abordée dans mon article Kirituhi et Moko : art corporel.

 

Je sais que maintenant, un petit bout de mon âme est polynésien. La Nature est plus que jamais souveraine à Bora-Bora. Elle m'a offert ses joyaux mais a aussi su me faire voir ma déraison par moments. Les polynésiens ont un sourire et une aura particulière, qui passe outre leurs difficultés quotidiennes et les fortes difficultés sociales et économiques qu'ils subissenti. Je n'ai pas de solution aujourd'hui pour l'installer dans ces îles. Mais sur mon corps, la fleur de Tiaré étant désormais parquée, c'est pour moi le signe qu'un jour, je reviendrai. Mauruuru et Nana - merci et au revoir - Bora-Bora.

 

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Barbie Tahitienne © Google image

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Carnet de voyage 17/01/2012 13:08

C'est clair , ce voyage se mérite . Vos photos sont magnifiques , ça donne du rêve!

PimentWouj 17/01/2012 18:12

Merci beaucoup. C'est effectivement du rêve et il ne faut jamais l'oublier... Je vous souhaite de faire de tels voyages.