Die Westlich : Django Unchained

Publié le par PimentWouj

 

 

Je m'apprête, dans les lignes qui vont suivre, à me risquer à un exercice longtemps refusé par suspicion persistante de manque d'objectivité et d'emportement sentimental exalté : parler du réalisateur américain - Dieu (et voilà ça commence...j'vous l'avait bien dis!) - Quentin Tarantino à l'occasion de la sortie de Django Unchained, son 8ème long-métrage. 

 

Django_Unchained

mon affiche de Django Unchained ©Moko Mad'moiselle

 

J'ai volontairement refusé de trop en lire avant d'aller voir ce Tarantino-nouveau. Déjà, j'entendais ici ou là que nous avions à faire au "meilleur film de Quentin Tarantino" et je n'aimais pas partir avec cet à priori - même positif. J'avais raison... 


Quentin Tarantino dégage, par sa filmographie unique, trois ères créatives : 

  • Les Pop Polars foutoirs/pétoires/blabla-mitraillette : Reservoir Dogs, Pulp Fiction et Jackie Brown.
  • Les Revanches Assassines : Kill Bill 1 et 2 et Deathproof.
  • Les Vendettas Perso en forme d'hommage historique : Inglorious Basterds et Django Unchained.

 

Depuis 2009 et Inglorious Basterds - hommage utopico-euphorique à la Seconde Guerre Mondiale, il est donc entré dans sa 3ème phase et montre ainsi qu'il prends certaines choses très au sérieux. Avec Django Unchained, il combine son envie de parler du passé esclavagiste des États-Unis avec son amour du western-spaghetti à la sauce Sergio Leone


Django Unchained, c'est la rencontre improbable entre un ancien dentiste devenu chasseur de prime, le Dr King Schultz (Christophe Waltz) et Django (Jamie Foxx), un esclave noir dans l'Amérique de la pré-Guerre de Sécession. Ce qui doit être une collaboration éphémère entre les deux hommes devient une quête liée par une prédisposition commune à jouer de la gâchette - pour la justice - et une aversion identique pour l'esclavagisme et la torture gratuite. Touché par le rare désir d'avenir qui habite le coeur de l'esclave et la nostalgie de sa culture germanique évoquée par la quête d'amour wagnerienne de Django et sa femme Broomhilda (Kerry Washington), le chasseur de prime allemand aiguise le don de pistolero de son compagnon de route et va l'aider à affronter leur ultime ennemi : Calvin Candie (Leonardo DiCaprio), riche propriétaire de la plantation Candyland et.... de la femme de Django. Est-il utile de vous préciser que l'ensemble de cette histoire va être parsemée - mais tout en finesse Maille - de sang, de cris d'agonie et d'instants WTF...? 

 

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Calvin Candie (Léonardo DiCaprio), Dr King Schultz (Christoph Waltz), Stephen (Samuel L.Jackson) et Django (Jamie Foxx)


On retrouve en Django Unchained certains des ingrédients qui ont fait le succès des films de Tarantino : la farouche vengeance fumante, quelques dialogues riches et jubilatoires, des détails-hommages-clin-d'oeil qui tuent, une bande-son impeccable, des giga-éclaboussures de sang et des acteurs clairement emballés par l'exercice. Pourtant, il est impossible de comparer Django Unchained aux autres films de Q.T. J'ai personnellement pris une - putain de fucking - claque le jour où j'ai découvert Pulp Fiction. Je n'avais jamais rien vu de tel auparavant et je ne pensais même pas que ça pouvait exister. Ensuite j'ai prolongé mon orgasme-ciné avec Reservoir Dogs, en savourant chaque attitude, chaque regard, chaque parole comme on savoure un excellent whisky. Puis j'ai goûté avec un plaisir un peu restreint à la puissance de la backxploitation avec Jackie Brown, éclaboussée visuellement par la black-class de Pam Grier et Samuel L.Jackson et par l'improbable loose-style de Robert de Niro . Et plus tard encore, j'ai sniffé le rêve devenu réel de voir un ovni sauce soja-spaghetti prendre forme à l'écran avec Kill Bill 1 & 2. Enfin, j'ai aimé le Girl Powaaa insolent de Deathproof, offrant à Kurt Russel un rôle déjanté sur mesure. Inglorious Basterds ne m'a pas "patchée" le palpitant, je fais donc l'impasse sur ce-dernier. 


Django Unchained me donne l'impression d'un aboutissement, d'un début de synthèse de carrière. Au long des dernières interview de Tarantino-senseï, on s'aperçoit qu'il est désormais habité par une forme de sérénité. Je ne suis pas en train de vous dire que Q.T. est devenu ennuyeux, trop sage ou qu'il a perdu sa flamme. Non, le réalisateur américain, unique dans sa génération et son métier, distille sa folie différemment. Quelques années en arrière, Django Unchained aurait certainement été - trop - bourré de dialogues sans fins, d'hectolitres de sang de synthèse, de chiées d'injures exotiques et de démembrements de canassons en tout genre. Un tableau geekement jouissif mais un tantinet too much. Le film offre des surprises, des fou-rires tarantinesques qui vous prennent à contre-pied mais aussi et sûrement plus qu'avant, de l'émotion tragique pure. Sans faire de Django Unchained un film historique sur l'esclavagisme ou à l'opposé, une farce kitsch gênante, Quentin Tarantino a su allier son humour déjanté à un regard cru sur cette composante énorme de l'Histoire Américaine. A l'aube de la cinquantaine, alors qu'il n'a pas d'enfant à qui léguer son oeuvre et son art, Q.T. s'est malgré tout posé. Certains lui reprocheront peut-être de ne plus faire des "films de ouf". Mais n'est-ce pas justement là la marque d'intelligence d'un homme qui sait qu'il ne peut éternellement tout tourner en dérision ? A l'instar des frères Cohen qui allègent leurs derniers films en bouffonneries gloutonnes, Quentin Tarantino fait muer doucement son cinéma, sans perdre de vue son essence d'origine. Pour preuve, le réalisateur sait encore donner des visages insoupçonnés à des acteurs pourtant déjà-vus - je pense là tout particulièrement à Samuel L.Jackson... bluffant et décalé as usual quand il bosse pour Q.T. et ici tout simplement MA-GI-STRAL !

 

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Quentin Tarantino

 

En terme de western, le style est honoré. Django Unchained offre son lot de gueules sales des trous paumés de la vieille Amérique, de rues non pavées, de chevaux sellés, d'éperons, de jeans, de Stetson, de six-coups, de silhouettes montées à cheval, etc ... Tarantino s'est frotté à un genre qu'il adore et il a su nous mijoter un bon western bien savoureux. Les décors sont typiques à souhait, les nuances photographiques respectent le color code de tout film labellisé western et les personnages portent des noms à coucher dehors par une nuit sans lune.

 

Django Unchained - en VO - est un bon cru, contenant bel et bien l'ADN de Quentin Tarantino. Mais n'allez pas le voir en cherchant à le comparer à ses précédents long-métrages ou en voulant retrouver sa folie border-line des années 90. Si vous aimer véritablement le style Q.T, vous ne serez pas déçus ! Et vous attendrez désormais de voir quel sera l'éventuel 3ème volet de cette trilogie - vraie ou supposée - à la mémoire de l'Histoire.... selon Tarantino bien sûr. 

 

Site officiel du filmhttp://unchainedmovie.com/

Site officiel de la B.O.Fhttp://www.unchainedsoundtrack.com/ 

Ma playlist Tarantino Juke Box sur Deezerhttp://www.deezer.com/fr/playlist/9683553

 

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Martin 24/01/2013 10:55

Je suis impressionné. Tu arrives à idolâtrer QT encore plus fort que moi j'idolâtre Clint Eastwood. Respect.

Blague à part, miss Moko, je dois reconnaître que j'ai vu de très belles choses dans Django. Les dialogues au cordeau, le cabotinage jubilatoire de Christophe Waltz, le carachter design général,
notamment. Samuel L. Jackson hérite d'un personnage franchement original !

Après, il y a toujours quelque chose qui me gêne dans la représentation de la violence, cool avec les gentils, sordide avec les méchants. Et j'ai regretté quelques longueurs dans les dialogues qui,
une fois les enjeux posés, patinent parfois à vide, alors qu'on sait très bien que ça va se régler à coup de flingues.

Bref, mon scepticisme vis-à-vis de QT s'est confirmé: un peu déçu au final, mais, j'insiste, pas totalement hermétique.

PimentWouj 31/01/2013 08:43



To be Tarantined or not to be ^_^. 


Je pense avoir su faire un article équilibré... j'ai toujours sur être objective sur QT malgré les apparences et mes éloges. Mais bon... j'édulcore un minimum just for my pleasure ! ^_^