Kirituhi et Moko : art corporel

Publié le par PimentWouj

Il est des rencontres qui vous marquent à vie. Et cette expression est d'autant plus vraie lorsque physiquement, une "trace" est présente sur vous. le 1er octobre 2011, sur l'île enchanteresse de Bora-Bora, j'ai fait la rencontre d'Olson Teriimarama, tatoueur véritable roi en ses terres et gardien d'un esprit artistique hors du commun. Marama (diminutif de son nom) est un vecteur de la culture ancestrale du tatouage Màori.
 
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Olson Teriimarama - source Google image
 
L'art du tatouage Māori aurait été apporté en Nouvelle-Zéalande depuis leur terre d'origine : la Polynésie de l'Est. En 1789 le Capitaine James Cook et le naturaliste Joseph Banks virent pour la première fois les tatouages des Māori lors d'un voyage dans le Pacifique Sud. Ils furent à la fois fascinés et intrigués par cet art.
Le nom Māori pour les tatouages, particulièrement pour les tatouages faciaux, est « Moko »; le procédé utilisé pour réaliser un Moko est le « Ta Moko ». Se faire tatouer le visage étaient pour eux de l'ordre du sacré. En réalité cet art tribal dans sa globalité accompagnait beaucoup de passages de la vie comme la puberté ou encore marquait le statut social de certains individus. Mais le Moko est "réservé" au descendants des peuples Màori. Imiter leur art lorsque que l'on n'appartient à aucune branche généalogique de ce peuple est considéré comme un pêché. Une forme parallèle est cependant tolérée pour ceux qui veulent absolument porter des motifs proches, sans faire référence directement au symbolisme pur des Màori : le Kirituhi ou littéralement « art de la peau ».
 
Marama me montra des exemples spectaculaires de tatouages fasciaux dans le superbe ouvrage Mau Moko qui rend hommage à cet art presque oublié de tous. Il sourit et me dit "Tu sais, le tatouage c'est pêché pour beaucoup de gens". Je sais cela... Mais pourtant, dès que j'ai perçu le charisme de Marama, "se faire tatouer" n'a plus été un acte devant les hommes, mais devant la Terre, l'Eau, le Ciel et la Nature. Je repense soudain aux débats interminables plusieurs mois auparavant, avec une amie qui voulait se faire un tatouage. La douleur tu imagines ? Et si ça cicatrise mal ? Et si le tatoueur stérilise mal son matériel ? Blablabla... Étonnamment tout ça ne me préoccupais plus du tout. Chez Marama on est loin des cabinets aseptisés, sentant l'alcool à 90° ou la javel et éclairés par une lumière de chambre d'isolement. Lui pratique son art en toute simplicité. Il prodigue son don alors même que vous avez les yeux perdus dans le lagon juste en face de vous et que les alizées vous balaye doucement le visage. Inutile d'arriver en terrain conquis et de penser dire à cet homme ce que "vous" voulez. Pas la peine non plus de vous attendre à un dessin reproduis sur un calque posé sur votre peau et ressemblant à dix autres faits auparavant. Ici, point non plus d'encre miraculeuse, qui ne se délavera jamais ou sera plus facile à passer. C'est un produit bio à base d'encre de pieuvre qui me sera injecté. Marama me demande sur quelle partie du corps je veux le laisser oeuvrer et quelle est l'idée qui m'anime. Mon idée..... Mon idée est d'être marquée à vie par Bora, que je ne quitterais jamais si je pouvais. Je lui parle de la fleur de Tiaré qui me fascine, m'obsède, que je sens partout et qui pour moi est "mon" symbole de Bora-Bora. Il détourne alors son incroyable regard couleur d'or pour le plonger loin dans le lagon. C'est perdu dans ses seules idées et à main levée, qu'il va me tatouer sans que je ne sache à l'avance ce qu'il aura dessiné. Je ne parle pas, je me contente de "ressentir". Une douleur étrange se diffuse doucement dans ma peau. Cela ne me dérange pas tout en fait. Et même quand plus tard, sur certains endroits je me sentirais plus irritée, je ne penserais pas à m'en plaindre ou m'en questionner. Moi aussi mes yeux sont captivés par le paysage de rêve qui s'étend devant mes yeux. Je prend conscience du moment unique que je vis. Recevoir la marque d'un artiste comme il en existe peu, surtout là où je vis, dans un décor on ne peut plus proche de la nature dans ce qu'elle a de plus beau.... Je suis une privilégiée sans nul doute possible. Je me sens un peu comme une toile sur laquel le un peintre serait en train de se pencher pour donner vie au sublime. Il doit être difficile par mes mots de percevoir, pour un "simple" tatouage, l'émotion qui pourtant fut la mienne dans cet instant. Moi-même je dessine à mes heures perdues. Et voir ainsi ma peau offerte comme une feuille blanche m'a déstabilisée quelque part - dans le bon sens du terme. Il y a eu un prix oui à la fin, 10000 francs C.F.P (83€ environ); mais je ne suis pas vraiment venue "acheter" quelque chose à ce moment là. Mon corps n'a eu jusqu'à ce jour que les marques des bleus qui disparaissent mal parfois (je suis un peu maladroite, le mot est faible), des coups de bistouris dans mes yeux, du temps qui passe, inexorablement, sans parler des plaies à l'âme qui ne se referment jamais vraiment. Mais jamais je n'avais été marquée avec honneur et beauté artistique. Quand j'ai découvert cette fleur de Tiaré, si vivante dans son irrégularité et entourée de deux tribals polynésiens élancés, je me suis sentie fière. Et j'espère un jour, avec la créativité de Marama, pouvoir recommencer.
 
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Tatouage polynésien réalisé par Olson Teriimarama - Marama Tattoo - ©Moko Mad'moiselle Photography
 
Quand il m'a dit que du monde entier, des hommes et des femmes venaient chez lui pour avoir les plus beaux tatouages polynésiens - parfois en jet privé, je n'ai eu aucun mal à le croire. Plusieurs fois vainqueur de concours et participant régulier à des conventions mondiales, Olson Teriimarama est artiste reconnu et émérite qui pratique depuis plus de 17 ans maintenant. Si vous avez la chance d'aller au Royaume de Bora-Bora, n'hésitez pas à recevoir la marque de ce roi.
 
MARAMA TATTOO
Olson Teriimarama
B.P 104 Bora-Bora 6 Polynésie Française
Tél (689) 67 66 73 6 Cell (689) 72 03 75

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jessica 11/11/2011 17:56


Je viens de lire ta rencontre avec marama, et j'ai vecu la meme il y a un peu plus d'un an et j'ai moi aussi une fleurs de tiaré dans le dos parmis d'autre chose et je garde cette trace en moi, de
ce merveilleux voyage et de cette rencontre qui arrive peux souvent dans une vie.
Merci de m'avoir fait revivre cela


PimentWouj 11/11/2011 23:54

Ia Orana Jessica. Je suis contente de recevoir ses réponses de personnes qui ont ressenti une émotion semblable à la mienne en recevant la signature de Marama. Longue et belle vie à nos tatouages.... Et espérons pouvoir le revoir ainsi que la magnifique Bora Bora !

tatouage maori 08/11/2011 10:53


C'est magnifique le tatouage maori. Ce n'est pas que porter une forme...c'est aussi porter une signification profonde de soi même. Mon premier tatouage maori je l'ai eu y a 2 ans et il est là pour
me rappeler toutes les valeurs auxquelles je me sens lier.

Ton article est super et je te souhaite une très bonne continuation.

Thomas


PimentWouj 08/11/2011 12:48

Merci infiniment Thomas et surtout merci d'avoir perçu le message de mon article. Bonne continuation à toi aussi.