L'éveil des Héros : The Dark Knight Rises

Publié le par PimentWouj

 

 

En l'an 2005 de notre ère - moderne, le réalisateur Christopher Nolan offrait à l'emblématique, mythique et charismatique héros de DC Comics Batman, un nouveau souffle sur grand écran comme jamais vu auparavant. Loin du gothisme de Tim Burton ou du Pop-corn-Tagada-fluo de Joel Schumacher, Batman Begins plantait simplement le décor de la vérité offerte par les comics : un univers sombre, humide et psychologiquement à l'état de nid de vipères. Entre la Ligue des Ombres, Ra'as al Ghul et Jonathan Crane/l'Epouvantail, Batman démarrait sa "carrière" de justicier à Gotham City sur les chapeaux de roues. N'en déplaise à certains, il donnait, à mon sens, la seule version légitime et fidèle de ce qu'est ce héros sans pouvoirs. Les raisons poussant Bruce Wayne à devenir Le Batman et les fondements de ses capacités au combat et au camouflage digne de l'art Ninja étaient enfin crédibilisés. C'en était donc - enfin - fini des humiliants costumes kitsch, des répliques en carton, des scénarios cousus en mousse et des acteurs planant vaguement sur le rôle.

 

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Batman (Christian Bale)

 

En 2008, Nolan répliquait en faisant évoluer son personnage sous l'impulsion d'une confrontation en forme de blitz contre Le Joker, ennemi de légende de l'homme chauve-souris. Dans The Dark Knight, Batman, repoussé dans ses retranchements face à cet assassin d'un nouveau genre, mettait en péril sa morale, ses proches et son masque. Il prenait alors le risque de perforer la stase psychologique qui maintenait le fragile équilibre entre Bruce Wayne et Batman. La montée d'adrénaline et le changement de visage du personnage passait de 0 à 100 km/heure entre l'opus 1 et l'opus 2 de la saga. Au passage, Nolan introduisait les origines d'Harvey Dent/Double-face.

 

En 2012 - année de la fin du monde selon les Mayas, Chris Nolan boucle sa trilogie consacrée à Batman avec The Dark Knight Rises. Cette fois, plus d'impulsion mais de la rédemption. 8 années se sont écoulées depuis que Batman a été désavoué publiquement pour l'assassinant d'Harvey Dent; ruse montée avec l'aide de l'inspecteur - incontournable - Jim Gordon pour s'assurer que la vraie nature de Dent ne compromette pas le vote de ses lois répressives et efficaces contre la criminalité. Il vit reclus, anéantis par la perte de son premier amour Rachel Dawes - rôle que j'avais trop vite oublié because l'horrible prestation de l'horrible Maggie "Droopy" Gyllenhaal - et incapable de trouver un sens à sa destinée et à sa vie. Batman estime avoir échoué dans le symbole d'espoir qu'il voulait offrir à Gotham City. S'il a sauvé - momentanément - la ville, c'est au prix de pertes lourdes et de moyens à la moralité opaque. Il laisse donc à la vraie justice, armée des lois Dent, le soin de continuer de protéger Gotham City; à Lucius Fox les clés de Wayne Enterprise et à Alfred, le feu de cheminée du manoir Wayne.

 

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Bane (Tom Hardy)

 

Mais chassé le naturel, il revient au galop surtout quand l'eau ne dort pas autant qu'elle veut le faire croire. Meurtris et handicapé par ses blessures de guerre, Bruce Wayne subit l'intrusion d'une mystérieuse et redoutable voleuse de haut-vol dans son manoir, Selina Kyle/supposée-Catwoman, dérobant ses empreintes digitales - et un somptueux collier de perles de maman. Ce sera le déclencheur d'une série d'évènements, forçant le Chevalier Noir à revenir à la lumière pour affronter son pire ennemi jusqu'ici : Bane.  Moins anarchique et imprévisible que Le Joker, Bane est cependant doué d'une force colossale et d'un déterminisme sans faille. Sa rage ne vient pas d'une blessure psychologique comme cela pouvait l'être pour Batman et ses précédents ennemis. Bane défend simplement une cause. Et il entend mener sa croisade quoi qu'il advienne sur son chemin : la destruction totale de Gotham City. Tout au long de The Dark Knight Rises, Bane monte en puissance quels que soient la force des coups que Batman lui assène et le nombre d'adversaires qu'on lui oppose. A l'image du mystérieux masque figé qu'il porte en permanence, c'est un roc contre lequel Batman se brise et Bruce Wayne perd espoir. A ce stade, Chris Nolan divise son film en deux temps : l'exil de Bruce Wayne à la prison souterraine de Pena Duro et le coup d'Etat de Bane sur Gotham City, vivant désormais sous loi martiale et hors autorité du Président des Etats-Unis, jusqu'à ce que destruction s'en suive.

 

Car il est bien là le véritable thème de The Dark Knight Rises : les Croisades. Certains critiques y ont vu un blockbuster alors que c'est le plus spirituel des 3 volets de la saga menée par Nolan.  Certes, il y a des explosions, des coups de poings à effet sonore surrond 5.1, des chiées de tirs et des engins incroyables qui roulent à toute vitesse. Mais l'essence du film se situe dans la morale et le mental des personnages. L'aura de Bruce Wayne/Batman, menée par un Christian Bale plus que jamais convainquant, oscille tout au long du film, nous incitant à nous questionner sans cesse sur ce qui l'anime réellement. Le spectateur est face à des personnages qui ne craignent plus la mort ou la provoque en permanence. Tom Hardy joue un Bane massif et tonitruant, frôlant la dictature terroriste à tout va. Anne Hathaway étonne - pour une fois - en ne sur-jouant pas la pussycat sexy en tenue SM mais bien au contraire, en étant la simple mais extra douée voleuse solitaire, prête à violer son code pour répondre à l'étrange magnétisme que Batman provoque en elle. Les alliés confirmés de Batman prennent leurs marques. Gary Oldman prête une dernière fois des traits torturés et justiciers à l'infatigable Inspecteur Gordon, ne perdant jamais sa foi dans l'ange-gardien de Gotham City et montant au front sans faillir. Alfred choisit les seuls actes qui peuvent pousser son maître à reprendre sa vie en main. Enfin, l'équipier futur-hypothétique-probable de Batman, John Blake/supposé-Robin, prouve sa valeur et démasque Bruce Wayne pour mieux l'épauler et le sortir de sa - bat - cave. Un personnage fictif s'incruste également en la personne de Miranda Tate, jouée par Marion Cotillard, qui ne brille pas particulièrement même si elle a son importance. Etant donné qu'il n'y a pas de point de comparaison avec un personnage DC Comics, difficile de dire si c'est le relief que Nolan voulait vraiment donner à cette mystérieuse femme d'affaire...

 

The Dark Knight Rises n'a peut-être pas la capacité d'offrir la surprise choc de Batman Begins en son temps. Mais ce film clôture posément une trilogie qui s'est voulue humaine plus que "comics". Au lieu de juste admirer les joujoux de Bat-truc et de s'extasier devant les costumes, les répliques et les méchancetés des supers-vilains, Christopher Nolan nous a mis, à travers un univers imaginaire, devant un miroir reflétant notre propre société. Car le monde tel que nous le connaissons est ainsi fait : admiratif autant que craintif de la violence, amoureux autant que haineux des voleurs et reconnaissant autant que ingrat devant ceux qui tentent de faire bouger les choses. L'éternel vacillement humain et l'indécision universelle ouvrent le champs des possibles violences. Et cette dualité fait l'Homme. Ainsi, Batman/Bruce Wayne n'est pas un sain mais juste un homme épris de rage qui à l'origine, réplique uniquement au système qui a détruit son foyer, avant de se lancer dans une justice pour tous. Les futurs alternatifs peuvent aisément s'imaginer à l'infini. Chris Nolan a construit un héros inoubliable mais sans l'orgueil des irremplaçables.

 

Si vous avez été séduit par les 2 premiers volets, j'espère que vous avez - comme moi - ignoré la lecture des diverses et extrêmes critiques - dans un sens comme dans l'autre, oui j'ai lu les titres - et que vous irez voir The Dark Knight Rises.

 

Je clos ce post avec un message à la mémoire des victimes de James Holmes à Denver dans le Colorado. J'espère cependant qu'on privilégiera à l'avenir la sécurité des salles de cinéma, notamment américaines, plutôt que la censure pour tous les films dits "violents". Sinon c'est le début de la fin de tout, car comme le disait Jacques Ruffié : "La violence meurtrière est le triste apanage de l'espère humaine."

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minary 25/07/2012 23:16

C'est tellement bien écrit que çà me donne l'envie d'aller le voir ...20kms ,de nos jours (tant que ce n'est pas à dos d'âne)the fingers in the nose pour aller voir un bon film ,çà vaut le
coup.
L'apanage de l'espèce humaine...

PimentWouj 26/07/2012 01:58

Merci de ce compliment. Dans le flot de tout ce qui s'écrit, notamment. sur ce film, difficile de susciter encore l'envie simple.