La Sirène du Petit Océan part.1

Publié le par PimentWouj

Immobile, mon attention toute entière est absorbée. Irréelle. Une silhouette perdue dans le mirage brûlant de cette journée d’Eté, ondule étrangement dans les volutes de chaleur. Est-ce elle, la créature le la légende ?

Les marins du village m’ont conté hier, une singulière histoire. Ils m’ont parlé de la Sirène du Petit Océan. Personne ne peut l’approcher, mais tous savent là deviner. Nul ne sait pourquoi, mais parfois elle s’échoue à l’extrême bord de la plage. Lorsque cela arrive, un vent chaud se lève et crée alors un rideau de sable autour d’elle. Certains disent qu’ils l’ont entendu chanter, d’autres pleurer… d’autres encore disent que la mer se met à murmurer, comme pour la rappeler. En m’éloignant du village ce matin, j’ai rencontré Edmark Le Sorcier. Lui aussi semble croire à cette histoire, bien qu’il avoue n’avoir jamais pu l’approcher. Existe-t-elle réellement ?

 

Incertain, je tente de m’approcher. Une étrange sensation s’empare de moi. Mon cœur bat à tout rompre. Mes jambes me trahissent, maladroites. Le sable mêlé aux embruns humides de l’Océan, me colle à la peau. Mes yeux s’embuent, torturés par l’étouffante moiteur régnant sur cette plage. Est-ce mon imagination ? Je crois voir de longs cheveux aux reflets argentés. La lumière semble mettre au jour des écailles turquoise, prolongement improbable d’une chute de reins caressée par une peau blanche de lait.

 

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Pris ainsi dans mes pensées, je n’ai pas remarqué à quel point je me suis approché. Le rugissement du vent s’arrête soudainement. Le bruit de l’Océan cesse également. Je n’entends plus que le doux et régulier clapotis provoqué par l’extrémité d’une queue de poisson irisée. Des grains de sable dansent mollement dans l’air. Le temps semble s’être arrêté.

Elle est là vivante, sublime, parfaite créature enchantée. Elle est posée sur une longue roche posée à la lisière de la plage. Je plonge mes yeux dans son regard de jais. Mon cœur flanche. Je bredouille, intimidé.

« Vous êtes… La Sirène ? »

Elle m’observe un moment, amusée.

«  C’est ainsi que l’on nous nomme, moi et les miens.

      - Vous êtes donc plusieurs ??? »

J’ai presque crié. Elle se met à rire franchement et je me sens terriblement gêné.

« Pensiez-vous que seule une sirène existait ? Je serais bien triste s’il n’y avait mes sœurs, mon père, mes amis pour m’accompagner. Et vous, vous êtes un Homme ?

- Oui.

- Vous êtes le premier Humain que je vois d’aussi près. Père me dit toujours de ne pas vous approcher.

- Et pourtant je suis tout à côté.

- Je sais. Peut-être vais-je le regretter… »


Elle est pensive. Je l’observe, captivé. Sa beauté est presque indescriptible. La finesse de ses traits me fait sentir hideux. J’ai tant voyagé que je suis à peine présentable, alors qu’elle semble irradier de douceur. Sa peau, d’une immaculée blancheur, dégage un doux parfum d’embruns, de sable chaud et de frangipanier. L’onctuosité de sa voix m’apaise et envahit mon cœur.

«  Quel est votre nom ?

- Jasko. Et vous ?

- Orphéa. »

Cela sonne comme une mélodie…

« Que veniez-vous chercher sur cette plage ?

- Je suis un aventurier, un voyageur. Je me laisse porter au gré des vents. J’ai parcouru plusieurs terres avant

d’arriver ici. Je cherchais l’inspiration pour mon prochain voyage. Les villageois m’ont parlé d’une légende sur

vous.

- Moi ?

- Oui. Ils vous nomment La Sirène du Petit Océan. Comme je ne savais pas encore où aller, j’ai voulu voir si

leur histoire était vrai..

- Que raconte cette légende ?

- Elle parle d’une sirène qui parfois s’échoue ici. Personne n’arrive vraiment à la distinguer. On pense qu’elle

pleure ou qu’elle chante mais …

- C’est un chant. Il me permet de me protéger.

- Vous protéger de nous ?

- De tout ce qui vient de la surface. Nous autres créatures des mers, nous devenons très vulnérables lorsque

nous sortons du Royaume Marin. »

Elle porte les yeux sur mon épée.

« Vous portez une belle arme. Il vous arrive de tuer ?

      - Non. Mais cette est pour moi comme vôtre chant. Elle sert à me protéger.

      - Mon chant ne tue pas. Ce n'est qu'une barrière magique.

      - Et bien mon épée est elle aussi là, avant tout pour dissuader. »

Il me semble à son regard que je l'ai convaincue. Sans réfléchir, je suis l’instinct qui s’empare alors de moi.

« J’aimerais voir votre Royaume !

- Comment cela se pourrait ? Vous avez des jambes. Et sous l'eau vous ne pourriez point respirer.

- Pas loin du village il y a un sorcier, Edmark. Il sait forcément des formules et des incantations qui

pourraient m’aider. »

Elle me regarde avec indulgence, même si elle comprend que je suis décidé.

«  Comment trouverez-vous notre Royaume

- C’est vous qui m’y conduirait

- …

- Je suis certain que c’est possible. Je veux juste essayer. »

Elle réfléchit un instant.

« Je reviendrai ici demain à la même heure. Et jusqu’au coucher du soleil je vous attendrez.

- Je serai là. ».

Nous nous quittons et pendant un moment encore, je me demande si je n’ai pas rêvé.

 

A mon retour j’obtiens facilement une nouvelle audience avec Edmark Le Sorcier. Le sombre personnage dévoile un sourire carnassier quand je lui expose ma requête et accepte facilement de m’aider. Mais le prix à payer n’est pas celui auquel je m’attends.

« Je vais t’accorder ce que tu souhaites. Mais tu ne pourras bénéficier de cette métamorphose que pendant 3 jours. Si tu obtiens le cœur et les faveurs de cette sirène, tu pourras rester dans leur Royaume si tu le souhaite. Mais tu devras me rapporter une mèche de ses cheveux avant le 3ème coucher de soleil. Si tu veux revenir auprès des Humains, ta tâche sera plus dure. Tu devras transpercer le cœur d’une Véolée avec cette dague magique et me la rapporter sans essuyer le sang qui l’aura souillée. ».

Ses paroles sont froides, brutales et ma confiance est presque ébranlée.

« Une Véolée ? Qu’est-ce que c’est ?

- Il te faudra le découvrir une fois en bas.

- Et si j’échoue ? 

- Dans les deux cas ton corps se transformera en écume et ton âme immortelle d’Homme, sera dissoute à jamais et ne pourra plus se réincarner. Sache aussi que ton corps ne peut subir cette transformation qu’une seule fois dans une vie. Cela sera ton seule et unique voyage vers ce monde. »

Il prononce ces derniers mots en affichant un rictus à peine masqué. Veut-il me faire peur ? Je me reprends, bien décidé à ne pas flancher et j’accepte son offre. Il me laisse repartir avec la dague et une fiole contenant un mystérieux élixir blanc que je devrai boire juste avant de plonger. Rester au Royaume Marin auprès de cette Sirène ? Je n’y ai pas songé… Cela me paraît tellement irréel… Plonger signifie donc aussi choisir une destinée. Qu’il en soit ainsi.


prince of persia

 

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