le chat de Cheshire

Publié le par PimentWouj

Après un précédent article aux considérations très (trop?) terrestres, j'ai décidé de devenir folle et imaginative (j'ai essayé du moins...). Fascinée par les chats et les rumeurs et légendes qui peuvent les toucher, j'ai eu envie de réinventer l'histoire de la naissance du chat de Cheshire... Bonne lecture !

 


Il y a fort longtemps, dans le comté de Cheshire, au Nord-Ouest de l’Angleterre, vivait une riche famille, possédant un manoir à quelques lieues de la ville de Chester : les Liddell.


Cette famille était réputée pour sa production de fromages de pays. Elle était composée de sept membres : les parents, et leurs 5 enfants soit 2 filles et 3 garçons. La plus jeune des filles, qui avait 8 ans, aimait accompagner son père dans la grande cave ou reposait les fromages. Il lui contait toujours des histoires et légendes fabuleuses sur la région où ils vivaient.

 

Un jour qu’elle avait accompagné son père à son habitude, la fillette remarqua qu’elle avait laissé son ourson en peluche dans la cave. Son père la laissa y retourner seule. Habituée qu’elle était des lieux, elle se faufila rapidement entre les allées et arriva à l’endroit exact ou elle avait laissée la peluche. Quelle ne fut pas sa surprise de voir un petit chaton pelotonné contre le jouet ! Il ouvrit ses yeux et regarda la fillette. Elle n’en avait jamais vu de pareils. Ils étaient irisés de mauve et de rose soutenu. Il poussa un petit miaulement en continuant de fixer la fillette. Elle s’approcha timidement et tendit la main pour le caresser. Il releva sa tête et vint se frotter contre sa paume. La petite fille n’avait jamais eu d’animal de compagnie. Sa maman trouvait cela très sale et ennuyeux et avait formellement interdit à leur père d’en ramener un pour leurs enfants. Seuls 4 chiens de garde, des Dobermans effrayant, demeuraient à l’entrée de la propriété, dans une niche presque aussi grande que la cabane à outils de son papa.


Ne sachant quoi faire, la fillette pris son ourson et dit au chaton : « si tu te caches et reste tranquille, je reviendrai te voir demain. ». Elle tourna les talons et courut rejoindre son père, avant que celui-ci ne s’inquiète.

 

Le lendemain, elle sortit pour jouer, mais au lieu de courir dans le grand jardin et de jouer avec ses frères et sœurs, elle alla dans la cave à fromages. Elle cru d’abord que le chaton s’était enfuit, mais au bout de quelques instants, elle entendit un miaulement et le vit venir à sa rencontre. Elle passa la moitié de l’après-midi à jouer avec lui, si bien qu’elle ne vit pas le temps passer. Ses frères et sœurs ne l’ayant pas vue venir jouer avec eux, avaient prévenu leurs parents.


Le père pensa immédiatement à la grande cave et il s’y rendit, accompagné de sa femme. Lorsqu’ils découvrirent leur fille jouant avec le chaton ils furent soulagés. Mais la mère poussa un cri d’effroi en voyant la petite boule de poils couverte de poussière et taquinant son enfant avec ses pattes, sûrement très sales et porteuses de quelques terribles maladies. Elle fit mine de perdre connaissance et s’affaissa contre la bordée la plus proche. Elle supplia son mari d’ôter de sa vue le répugnant petit animal. La fillette lui demanda si au contraire ils pouvaient le garder. Elle promit à sa mère de bien s’en occuper. Celle-ci resta intraitable et le sujet fut clos. Le père attrapa le chaton pour le mener hors de la propriété, à la lisière de la forêt.

 

La fillette le suivi tout au long du chemin en pleurant et en continuant d’implorer pour le garder. Le chaton lui-même poussait des miaulements plaintifs. C’était comme si il pleurait. Le père, excédé, gronda sa fille : « Lorina, vous saviez très bien que votre mère ne serait pas d’accord pour le garder

-          Mais vous père, vous auriez pu dire oui

-          Désolée mon enfant, nous nous sommes mis d’accord sur ce point votre mère et moi.

-          Mais…

-          Ne discutez pas ! »

 


La scène se déroula ainsi jusqu’à l’entrée de la forêt. Tiraillé entre la douleur d’imposer à sa jeune fille de voir disparaître le petit chat ; et entre l’envie de lui éviter la tentation de revenir le chercher, le père décida de noyer le chaton dans la rivière toute proche.

 

Ignorant les dernières supplications de Lorina Liddell, il plongea la main dans l’eau glacée de la rivière, maintenant le petit animal terrorisé jusqu’à ce que mort s’en suive.


Lorsqu’il ne sentit plus le petit corps bouger, il desserra la main et se redressa. Son cœur saignait en entendant sa fille pleurer dans son dos. Et il songea que sa femme était finalement un peu dure pour peu de choses. A l’avenir, il devrait rediscuter de cela avec elle car après tout, difficile d’empêcher des enfants vivant à la campagne de vouloir adopter un animal.

 

Un éclair fit brusquement son apparition au-dessus de la rivière et le tira de sa rêverie. Une sorte de rayon de lumière semblait sortir de l’eau. Le père et la fille s’approchèrent, aveuglés, curieux et effrayés à la fois.

Peu à peu, la silhouette d’un jeune garçon se dessina dans la lumière.

Il était vêtu d’un collant rayé mauve et rose foncé et portait une tunique noire. Ses cheveux, aux reflets argentés ondoyaient d’une façon hypnotique. Il leva un regard furieux et sévère sur eux.

« Qui êtes-vous ? Osa timidement le père.

-          Je m’appelle Chesterton et je suis un esprit protecteur et faiseur de destinée. Je viens d’un royaume imaginaire, le Pays Imaginaire, inconnus des hommes la plupart du temps.

-          Un esprit ?

-          Honte à vous et votre famille qui m’avez donné la mort, sous la forme d’un innocent animal.

-          Mais, nous ne pouvions pas savoir….

-          Silence ! Heureusement pour vous, votre fille a été pleine de compassion et d’amour pour moi et a voulu me protéger. Votre châtiment sera donc moindre par son acte généreux.

-          Pourquoi ne pas nous avoir dis que vous étiez un esprit ?

-          Pourquoi ne pas vous être contenté de me fermer votre porte ? Vous m’avez non seulement banni de chez vous, mais vous avez aussi voulu me faire mourir noyé ! C’est impardonnable !

-          Je…

-          Taisez-vous ! Désormais et part votre faute, je vais devoir conserver une apparence proche de celle que j’avais au moment de ma 15ème mort. En contrepartie, lorsque viendra la  prochaine génération de filles de votre lignée, l’une d’elles se perdra en mon royaume. Elle sera confrontée à de dures épreuves et devra protéger et sauver le Pays des Merveilles d’un terrible ennemi. Si elle échoue, une autre fille de votre famille sera emportée à sont tour. Et ainsi de suite jusqu’à ce que l’une d’elles nous aide à triompher. Ainsi soit ma volonté. »


Le père n’eut le temps de prononcer aucune parole. La lumière l’aveugla à nouveau pour s’estomper en faisant apparaître un chat immense et bizarre. Il n’en n’avait jamais vu de pareil de toute sa vie. Son corps était rayé des mêmes couleurs que le collant que portait l’esprit Chesterton. Un étrange sourire figé balayait son visage de part en part.  Il lévita quelques instants, sans changer d’expression puis il s’enfonça lentement dans l’eau jusqu’à ce qu’il ne reste plus que le sourire sans le chat.

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Puis, tout disparu et la rivière repris son aspect initial. Un instant interdits, Lorina et son père se regardèrent, encore étonnés et effrayés de la scène à laquelle ils venaient d’assister. Sur un regard entendu et sans un mot, ils se prirent la main en partirent en direction de leur maison.

 

Depuis ce jour, pour ne point oublier l’avertissement de Chesterton (et prétextant vouloir faire plaisir à sa fille pour balayer tout soupçon), M. Liddell sculpta sur ses fromages l’image d’un étrange chat au sourire immense et inhabituel. Il instaura pour tradition de commencer à le manger par la queue, pour finir par son visage…

 


En espérant que cela vous aie distrait l'espace d'un court instant. A bientôt pour un article plus réel.

J'ai mélangé dans ce court récit des éléments réels et des inventions de mon cru. Ainsi, la mère d'Alice Liddell, la fillette qui a réellement inspiré le personnage créé par Lewis Carroll, s'appelait Lorina Hannah Liddell. D'autre part, le fromage de Cheshire ou Chester aurait longtemps été façonné, selon une légende locale, on forme de chat souriant et consommé depuis la queue jusqu'au visage. C'est cette légende qui aurait inspiré Lewis Carroll (originaire du comté de Chester) pour donner à son chat de Cheshire le don de disparaître de cette façon si inhabituelle. 

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Martin K 05/11/2010 16:42


Que dire ? J'aime beaucoup. J'aimerais lire d'autres récits issus, au moins partiellement, de ton imagination. Bravo !


PimentWouj 10/11/2010 09:27



Merci Martin pour cet encouragement. Il y en aura d'autres ...