Obje(re)ction sexuelle : Shame

Publié le par PimentWouj

Il y a quelques temps, on pouvait craindre qu'aucune relève ne soit assurée à Hollywood pour remplacer les Brad Pitt, John Malkovich, Daniel Day Lewis, etc ..... On voyait bien quelques belles gueules ici où là, mais si leur plastique pouvait un instant marquer nos esprits, leur filmographie en pente savonneuse se faisait vite oublier. Il y avait bien eu l'option Heath Ledger pendant un court instant mais.... Bref ces dernières semaines ont pu prouver le contraire. Ainsi après Ryan Gosling dans Drive - mais auparavant dans All Good Things, c'est au tour de Michael Fassbender d'éclabousser - c'est le cas de le dire - le grand écran. Il est subtilement accompagné par Carey Mulligan, figure discrète mais également en grand devenir si l'on se base sur sa filmo récente. Vous l'aurez compris, je sors tout droit de la projection de Shame, le dernier film de Steve McQueen (rien à voir avec la star de Bullit dont il est l'homonyme) qui lui donne largement la vedette.


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Brandon (Michael Fassbender)

 

L'histoire est celle de Brandon, trentenaire froidement beau et perçant, qui habite un appartement new-yorkais désabusé et a une situation professionnelle confortable. Derrière cette apparence banale, Brandon cache un secret honteux : il a une adiction au sexe. Brandon "consomme" le sexe sous toutes ses formes ou presque : prostituées, coups d'une nuit, films pornos et site web X. Le sexe l'obsède et il n'y met aucune limite. Seules les soirées dans des lieux propices aux lendemains charnels le font sortir de son huit clos. Jusqu'au jour où sa soeur Sissy débarque dans son appartement et sa vie. Dans leur cohabitation impromptue, elle le force à s'ébranler, à faillir et à voir la honte omniprésente qui le ronge de l'intérieur.

 

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Brandon (Michael Fassbender) et sa soeur Sissy (Carey Mulligan)

 

Car Michael Fassbender n'est pas là pour nous faire fantasmer ou rougir naïvement. Il est colère, honte, effroi et avidité en même temps. La force de l'acteur dans la crudité et la nudité nous fait s'enfoncer dans notre fauteuil et retenir son souffle. Il a une brutalité bestiale dans son excitation sexuelle. Il ne connaît pas l'amour. Il vit l'acte dans la fulgurance autant que dans la déchéance. Il prend de l'adrénaline autant qu'il perd de l'amour propre... Même si la conclusion du film est ouverte et si on n'apprend peu du passif du personnage, Shame est un film aboutit émotionnellement. La froideur forte de Fassbender est complétée par la douceur désemparée de Sissy/Carey Mulligan (Drive), qui se pose sur son épaule comme une mésange maladroite ayant besoin d'être soignée... Le besoin de tendresse dans les mots et les gestes de Sissy sont aussi fort que le regard équivoque que Brandon pose avec insistance sur ses "proies".

 

Dans Shame il y a évidemment du sexe, mais celui-ci est justement dosé, à la hauteur de l'enfer et le chaos des pulsions qui régissent la vie de Brandon. Les scènes vous surprennent étrangement et vous prennent en otage - dans le bon sens du terme. Impossible de nier la honte et l'agonie vecues par Brandon. On peut vraiment dire que McQueen a ourlé délicatement chaque minute de son film...Notons au passage que c'est la deusième collaboration entre McQueen et Fassbender après l'à priori excellent Hunger (à priori seulement puisque personnellement je ne l'ai pas vu). 

 

Voulez-vous savoir à quoi ressemble la vie d'un sexual addict ?

 

Bizarrement, à la fin de la séance je me relevais et mon regard à croisé celui de l'homme qui était assis dans la rangée derrière moi. Le regard de Michael Fassbender l'a peut-être inspiré, à moins que ce soit le film dans sa globalité parce qu'il m'a bizarrement dévisagée de façon assez équivoque.... Mieux vaut ne pas toujours rester jusqu'à la dernière minute du générique mesdemoiselles ...

 

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