S.O.S d'un terrien en détresse : Tree of Life

Publié le par PimentWouj

" Pourquoi je vis ? Pourquoi je meurs ?

- Pourquoi je ris ? Pourquoi je pleure .....?"

Vous reconnaissez ces paroles ? Ce sont celles de la chanson S.O.S d'un terrien en détresse de la comédie musicale Starmania. Ces paroles me trottent dans la tête depuis quelques jours... Depuis que j'ai vu The Tree Of Life, nouveau film de Terrence Malick et Palme d'Or du Festival de Cannes 2011.Hasard faisant, je le voyais dimanche soir, ignorant encore le verdict de "Mister President" de Niro et ses compères. 


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Il m'a fallu 3 jours pour "digérer" The Tree Of Life. Croyez-moi ou non, j'aime décortiquer les films qui me passionnent. Mais je ne suis pas adepte de la masturbation intellectuelle et affective à la recherche d'une révélation transcendante sur le 2ème effet Kiss-cool d'un long-métrage. Pourtant (et donc bien malgré moi), The Tree Of Life m'a laissée perplexe, égarée, ... presque "orpheline", mais en recherche d'une explication. Il serait difficile de faire un résumé, un pitch (un synopsis ?) permettant de répondre à la (tag) question: "de quoi ça parle ?". Les médias spécialisés dans le cinéma, affichent la présentation suivante : "Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante, qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l'oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu'il affronte l'individualisme forcené d'un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu'au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire...". Je ne suis pas vraiment d'accord avec ces quelques lignes qui laissent à penser qu'on va assister à la routine (bonne ou mauvaise) d'une petite famille, jusqu'à ce qu'une enclume leur tombe sur le coin de la tronche et bouleverse l'équilibre établit. On s'attend à voir défiler sous nos yeux moulte scènes de crises de détresse, de couple en passe d'être brisé, voire d'enfants filant un mauvais coton,traumatisés qu'il seront...  Que nenni, le sujet n'est pas (du tout) là.

 

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Imaginez-vous vivre un choc émotionnel très important. Au lieu de sombrer dans la dépression, l'alcool, la folie, ou l'ébètement pur et simple, vous choisiriez de vous allonger et de méditer. Vous partiriez alors dans un état de projection astrale et votre esprit voguerait dans divers délires théosophiques. Vous en iriez jusqu'à reconsidérer votre existence et votre condition en tant qu'être humain vivant, imaginant ainsi votre infinie petitesse face au gigantisme de l'univers et de la roue infaillible de ses accomplissements. Je me suis souvenue, alors que The Tree Of Life entamait une transition sur l'avènement du Big Bang (merci les images d'archives !), des premières pages de Démons et Merveilles de H.P.Lovecraft, que j'avais tenté de lire il y a quelques années (esprit trop jeune à l'époque, j'avais du mal à garder le fil conducteur de la déformation du Moi particulaire du personnage, etc ...blablabla....). J'assistais,impuissante, comme lors de cette lecture, à une diversion confondante et tentaculaire...

Plutôt que de traiter simplement de la perte d'un être cher, The Tree of Life nous emporte dans la reconsidération du Destin, du Divin et de l'Humain. C'est un peu ici comme si Terrence Malick avait décidé de mettre en peinture quelque chose d'aussi fascinant en terme de schémas possible que le coïte. Explosion de d'images, d'interrogations, de sensations et d'impressions se succèdent à l'écran. Les larmes ne suffisent plus, au 21ème siècle, pour nous dire que quelqu'un souffre dans sa chair et dans son âme. 3 plans nous sont présentés au long du film, en inégales proportions, pour nous faire comprendre "pourquoi", cette perte d'un des 3 fils des O'Brien est si dévastatrice. Nous vivons les remises en questions de la foi et de l'existence. Les illustrations du passé, permettant de distinguer les différents lien entre le père (Brad Pitt égal à lui-même donc excellente !!!), la mère et les 3 enfants et surtout entre Jack (l'aîné des 3 fils) et son père. Enfin quelques flash de Jack, adulte (Sean Penn), sont une radiographie de la plaie béante laissée par la mort de son frère, même après plusieurs années.

 

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The Tree Of Life est-il un film élitiste ? Je n'aime pas trop ce terme et le cynisme latent qui l'accompagne bien souvent. Pour moi, il est normal qu'il y ai non pas "un" cinéma mais "des" cinémas. Certains aiment voir leurs héros de BD transfigurés au réel à l'écran, d'autres sauront apprécier que leur questionnements métaphysiques et intellectuels soient illustrés "In The Toile". Le cinéma doit être libre et respecté ainsi. The Tree Of Life, hué pendant sa projection aux journalistes à Cannes, doit déjà être décriée et haït pour avoir été "palmé". Impossible pour moi de dire simplement j'aime/j'aime pas. Le film de Malick ne m'a pas laissée indifférente, l'interprétation de Brad Pitt non plus... Ce long-métrage est complexe et intelligent dans sa philosophie. Par endroit, il m'a rappelé Mr Nobody de Jaco Van Dormael, même si ici, on ne se situe pas l'hypothétique supposition mais dans le vécu imagé. Je conclurai en disant que The Tree Of Life s'adresse à ceux qui sont curieux de voir l'oeuvre d'un cinéaste hors norme associé au talent d'acteurs justes et confirmés. 

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