Saturday night at the MET !

Publié le par PimentWouj

Samedi soir j'étais au MET... ça en jette dis ainsi n'est-ce pas ? Ca a du chien, non ?

Bon, pour ceux qui ne sauraient pas de quoi il retourne, le MET c'est le diminutif (et oui parce qu'aux States tout doit avoir une "short fashion&smart identity") du Metropolitan Opéra de New-York, prestigieux et glorieux lieu de culture s'il en est.... Le Concorde n'étant plus (et n'ayant jamais annoncé que j'avais 4.9 miillions de "smile"), vous vous demandez comment j'ai pu y être.... ???

Et bien moi la Reine de la critique acerbe sur les salles obscures et leurs obscurs tenanciers, je lève pour une fois mon verre (d'eau de coco) à une initiative particulièrement intéressante : le Metropolitan Opera dans les cinémas Gaumont Pathé ! Il s'agit concrètement de retransmission en direct live et HD des opéras joués pour la saison 2010/2011 au MET.

L'an passé j'avais vu l'affiche annonçant ces évènements...après la saison. Mais foi de ... moi, je m'étais jurée (ou au moins promis) de m'y rendre au moins une fois, histoire de....

1ère représentation au programme et coup de coeur direct : l'Or du Rhin de Richard Wagner avec James Levine à la direction d'orchestre (chef principal du Metropolitan Opera depuis 1973 et directeur musical depuis 1976), homme qui a fait de l'orchestre du MET un des meilleurs du monde; et Robert Lepage à la mise en scène (metteur en scène québécois. mais aussi acteur, auteur dramatique et cinéaste). L'alchimie des 2 hommes est prometteuse, la perspective d'un univers wagnerien sublimé est alléchante.... Je réserve donc mes places "online" (27€/personne) et j'attends la représentation avec impatience... 

 

Entrer dans un cinéma pour voir un opéra... c'est un peu comme rejoindre une audio-conférence géante. Nice et New-York reliés, en direct...et d'ailleurs l'ambiance dans la grande salle du Pathé Masséna de Nice n'est pas la même que celle précedent le début d'un film. Un brouhaha "savant" et presque musical enflait de tous côtés. Le public évidemment (et heureusement pour certains spécimens...) n'étais pas le même que d'habitude. Et la salle elle-même, sans son inutile musique d'ascenceurs et son écran mort, mais avec une projection du programme 2010/2011 du MET, semblait transformée... Et puis la connexion s'est établie et nous avons "fusionné" avec la superbe salle où se jouait l'opéra. Décors mythiques, moulures raffinées, sièges de velour rouge et belles toilettes des spectateurs... la magie pouvait commencer.

Cependant, pour les spectateurs lointains et peu chevronnés  que nous étions, nous avons eu droit à quelques mots de présentation et à un making-of en guise d'apéro. Pas dénué d'intéret du tout (mais "english talk" obligatoire), ces instants ont permis entre autres, de voir certains des préparatifs, assez imposants .... cependant, cela aurait du être programmé, à mon sens,  plutôt en fin de représentation. Car oui, rien n'est parfait en ce monde (si ce ne sont les chats ... hem, pardon hors-sujet) et alors qu'on a pu voir en introduction un "1 minute before retransmission" , on se demande, toute bonne foi mise en avant, pourquoi 15 minutes plus tard on est encore sur ce docu d'intro (???). Bref, passons.

 

Je ne suis personnellement pas amatrice d'opéra et mes années et heures passées devant des films et des séries TV m'ont rendue très exigeante, pointue et intransigeante pour "accepter" de rêver devant une "mise en scène". J'ai essayé d'oublier, le temps d'un soir, mes (mauvaises ?) habitudes. De plus avec le making-off d'introduction, il été annoncé que Robert Lepage, le metteur en scène, avait fait fabriquer une machine "scénique" de 42 tonnes pour l’ensemble de la Tétralogie de Wagner, composé de 24 panneaux mobiles et d'hologrammes sensoriels. En effet, ce dispositif a pu offrir de très belles perspectives sur certaines scènes.

Ainsi, l'introduction avec les Ondines était féérique, aquatique à souhait et offrait un certain dynamisme, notamment dans l'échange avec Alberich. Leur arrivée toute en ondulation, bulles et ombrées était particulièrement gracieuse (et ce n'est pas forcément évidemment pour des chanteuses d'opéra ... ).

Ensuite il y eu le passage vers le Nibelheim traversé par Wotan et Loge... là encore, les panneaux offrent une vision dynamique unique, avec un fin trait lumineux s'étendant en éventail et accentuant l'impression de mystère aux portes du royaume du nain tyrannique.

Et puis la naissance de l'arc-en-ciel et la montée des Dieux au Walhalla fut grandiose, ascendante et magique.

Mais tout de même, on peut se demander si ce n'est pas un peu trop d'efforts et de matière pour...quelques instants jolis? Ce qui m'a manqué je l'avoue, et c'est peut-être du au fait de ma "cinémania" chronique, c'est le manque de "jeu de comédien" des chanteurs. Oui, vocalement ils étaient bons, justes, précis et crédibles. Mais on sent qu'habiter un personnage scéniquement et gestuellement n'est pas forcément leur don premier. Les costumes également m'ont paru d'inégale qualité. Si Loge, les Ondines et Alberich étaients parés avec futurisme et brillance, les autres semblaient avoir du râcler les font de penderie du MET pour se vêtir : dommage. Encore une fois j'insiste beaucoup sur l'aspect visuel je le sais, mais n'est-ce pas également important dans un opéra, non ?

Je me mets à la place de ceux qui vont au MET, s'attendant à vibrer tout au long de la représentation, à redécouvrir Wagner... pour au final se contenter de quelques scènes bien conduites. Cela doit être un peu décevant.

Capture-d-ecran-2010-10-10-a-19.14.53.png

 

fm20100903a1a.jpg

 

Je suis donc mi-figue, mi-raisin en sortant de cette représentation. J'ai découvert un univers nouveau pour moi : l'Opéra; et j'en ai compris certains codes et aspects. Je salue la retransmission live HD en salle de cinéma (qualité du son : au top!) tout en réalisant que cela ne peut être aussi prenant qu'un véritable "live". Je comprends aussi qu l'Opéra, dans le spectacle qu'il offre visuellement n'est pas assez humble pour moi. Et si j'arrive à être transporté par des voix et des airs, le jeu des chanteurs, lui, me fait difficilement voyager... Je sais que je retenterai cette expérience, via le cinéma ou en me rendant en direct à une représentation. Car il existe une pléiade de metteurs en scènes et si le travail de Robert Lepage ne m'a pas donné entière satisfaction, d'autres sauront peut-être éveiller en moi l'appétit du lyrisme en 3 dimensions. Et puis pour finir, une mention toute particulière à Eric Owens, interprête du nain Alberich. Voilà un chanteur non seulement doué vocalement, mais sachant offrir une prestation complètement en adéquation avec son personnage (pour peu qu'on connaisse la Tétralogie en amont). A lui seul, il a su donner de l'éclat à certaines scènes.

 

Capture-d-ecran-2010-10-10-a-19.15.06.png

 

L'Opéra au Cinéma .... une histoire parallèle, à consommer avec prudence et clairvoyance...

Commenter cet article