Typique casse pas des briques

Publié le par PimentWouj

Qui n'aime pas en sa ville, en son pays, dans son fief et son giron; connaître une bonne adresse où goûter la cuisine "de chez nous !"  ?

 

Que ce soit pour soi ou pour la galerie - amis et familles venus d'ailleurs bonjour, il est toujours bon de savoir qu'un lieu reste le temple des valeurs sûres de la cuisine locale, surtout à l'heure où les snack et autres fast-food poussent comme de diaboliques petits champignons atomiques !

 

A Nice, puisque c'est de cette ville dont il s'agit, je pourrais vous citer quelques adresses qui, à mon sens, servent de la très bonne cuisine niçoise/méditerranéenne/provençale. Il y a ce restaurant, sur les hauteurs de St Antoine de Ginestière, dont les raviolis-daube sont à tomber par terre - fais entièrement maison - et la crême brûlée à la lavande à se renverser sur son siège ! Et où vous dégustez du pain fait sur place également - très goûteux. Il y a aussi ces quelques tables pas loin de la Place Rossetti, dans un décor à la gloire de Pagnol, où vous pourrez déguster des farçis exquis ! Plus humble aussi ce traiteur près de l'historique stade du Ray, tenue par 2 grand-mères pétillantes qui vous font des Pan Bagnat divins - Mamma mia ! - ! Il y avait également - notez le passé dans cette phrase -un endroit où j'aimais beaucoup venir déguster sur le pouce: beignets, pizza et tourtes de blettes... Mais évidemment, le drame est arrivé !

 

beignetscourgettes  farcisnicois  panbagnat

 

L'établissement dont je vous parle c'est Lou Pilha Leva, véritable institution niçoise qui posa - par son nom et son type de service, bien avant certaines enseignes "made in US" la plaque du "je prends et j'emporte !". J'étais haute comme 3 pommes - enfin un peu plus quand même... - que je savais déjà que c'était "the place to be" pour qui se targuait de vouloir manger une bonne socca - entre autres. Cette bonne habitude est restée longtemps. Et chaque fois que j'avais envie de déguster du "niçois" ou de faire découvrir nos spécialités, c'est par là-bas que je passais sans hésiter.

 

Lou Pilha Leva ce n'est pas un "restaurant" niçois. C'est plutôt une sorte de snack local typique, situé à un croisement de 5 petites rues du Vieux Nice. le comptoir de vente est flanqué de bancs et chaises en bois de part et d'autres, qui forcent - avec plaisir - la convivialité et les rencontres. Dans la vitrine s'étalent à foison les pizzas à la pâte généreusement épaisse et aérée, les tourtes de blette, salées et sucrées, les farçis et les pâtisseries - moins "locales" elles, pour le coup,... Et puis n'oublions pas le détail qui donnait également son charme à ce lieu : la serveuse et son fameux appel au client : "Une socca en commande !" - avec appui sur les syllabes et sur les "e". Et bien tout ça.... il semblerait que c'est bien fini - ou presque.

 

Le week-end dernier j'emmène un niçois qui, croyez-le ou non, n'avais jamais mis les pieds là-bas - oh le vilain ! Il me dit :"Tiens je mangerai bien une pizza ou une socca vite fait". Ni une, ni deux, je le dirige vers Lou Pilha Leva. Réflexe immédiat, je me dirige vers la vitrine pour faire briller d'excitation mes petits yeux. Et déjà première déception: les pizzas n'ont plus rien à voir avec celles que j'avais dégustées autrefois : format carré et plat comme dans la plupart des snack, abondance excessive de fromage, etc... J'ignore ce détail en me disant que ça n'empêche pas forcément le produit d'être bon. Je vois ensuite une tarte aux fraises qui fait sacrément "Carrefour" dans son aspect... okaaaay passons ! Et puis je lève les yeux vers la serveuse... Oh my God ! Il ne s'agit pas du tout de la femme qui cadrait parfaitement dans ce décor niçois ! A la place il y a une espèce de pouf en jupe "ras-du-cul" et cuissarde, maquillée comme un camion volé et impolie au possible - parfait pour travailler "on the Prom'" ceci dis. Certes on peut imaginer combien le service est difficile. Mais, petit 1: nous ne sommes plus en période touristique et nous étions quoi... 6/8 à faire la queue; petit 2: il y a une différence entre un peu de froideur - la serveuse habituelle n'est pas souriante spécialement mais elle est polie - et être carrément désagréable. Ainsi, un touriste et sa famille juste devant moi viennent de s'installer avec leurs assiettes. Il revient demander des couverts - normal quoi, pour manger - et elle ne lui répond même pas... regard gêné du gars vers la serveuse et vers le public.... il réitère sa demande et toujours aucune réponse de pouf-pouf-girl... Il obtiendra ses couverts quelques secondes après, "jetés" quasiment sur le comptoir. Viens mon tour. Je demande des "beignets de fleur" par habitude et elle me balance sèchement "Heu c'est plus la saison des fleurs là!". Je m'excuse et lui répond qu'évidemment je parlais de courgettes. Quelques secondes plus tard elle me tend énergiquement 2 assiettes sans me prévenir qu'elles sortent du four. Je me brûle - et me promet de maudire cette pétasse un peu plus tard - et lui jette un regard assassin qu'elle ne voit pas. Ni au revoir, ni merci de sa part. Tout ça se déroule sous les yeux médusés de ce niçois qui devait commencer à se demander pourquoi j'aimais tant cet endroit.

 

Nous finissons par nous installer pour déguster nos "spécialités niçoises". Et bien c'était affreux ! Pizza grasse et dégoulinante de fromage comme on en trouve dans certains camion-snack et surtout beignets de courgette ... sans courgettes ou presque ! 90% de pâte dégoûtante et écoeurante et même pas un petit citron donné - comme autrefois pour ajouter un peu de goût. Et je ne vous parle pas de la socca, tellement salée et grasse qu'on boit verres d'eau sur verres d'eau. Quelle déception !!

 

    

 

J'avoue que je n'étais plus revenue depuis 1 an et demi à peu près. Or un changement de propriétaire a été fait entre temps. C'est ainsi que j'ai eu le loisir de me gausser en voyant les ambitieux projets des 2 "gestionnaires" de Lou Pilha Leva, qui prévoient d'ouvrir prochainement aux Etats-Unis ! Voici ce que vous pouviez lire dans l'édition locale du Nice Matin le 18 octobre dernier :

 

 

 

La socca à l’assaut des USA

Publié le lundi 18 octobre 2010 à 08H32 - Nice Matin
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Robin Martini Franck Le Goff
Le pari semble un peu fou mais ils y croient. Le Breton Franck Le Goff et le Niçois Robin Martini veulent imposer le concept « Lou Pilha Leva » en Amérique…

C’est un nom difficile à porter, pour un vendeur de socca. Mais Franck Le Goff est un peu plus que cela. Le concept « Lou Pilha Leva » (ici, on prend et on emporte), qu’il a racheté en 2005 au cœur du Vieux-Nice, devrait bientôt se propager. Il voit les choses en grand : quatre ou cinq points de vente en ville avant de conquérir les États-Unis, à commencer par la Californie. Breton d’origine, mais natif de Paris, cet entrepreneur de 47 ans est major d’une grande école de commerce. Il est entré dans la cuisine par la technique, lorsqu’il pilotait la stratégie du groupe Kingfisher. Lequel gérait alors Castorama, Brico Dépôt, But et Darty.Sur la Côte depuis 2001, Franck Le Goff en est à son cinquième établissement dans la région. Après un seul échec, celui du Voci, un « restaurant lyrique » sur le boulevard Victor-Hugo, il a développé Lou Pilha Leva à un rythme fulgurant. Sans toucher au décor ni à l’ambiance. Place Centrale, les tables et bancs orange sont toujours là. De même que la file d’attente et la serveuse à voix. Le résultat : 17 salariés, 120000 parts de socca dans l’année, 1500 clients par jour en été et un ticket moyen compris entre 8 et 9 €. Cette réussite lui donne des ailes. Il ouvre un deuxième restaurant sur le cours Saleya au mois de février. Et projette d’en créer quatre ou cinq autres dans les deux prochaines années. On ignore comment le voisinage réagira. Il ne cherche pas la confrontation, saluant même le croustillant d’un célèbre concurrent.


American socca
Lou Pilha Leva vise l’Amérique. Robin Martini, chargé de développer le concept « all around the world », souligne qu’un restaurateur de Berverly Hills « fait des millions en vendant du pan bagnat. » Franck Le Goff, de retour des États-Unis, dit avoir déjà trouvé des partenaires. Alors, bientôt la socca sur Hollywood Boulevard? « Et pourquoi pas? La chaîne Tex Mex Chipolte s’est implantée il y a cinq ans. Aujourd’hui, ce sont 1000 restaurants et 1,4 milliard de dollars de chiffre d’affaires. » Les premiers pas sont prévus en 2012. Franck Le Goff a déjà choisi le nom – « Nice LPL! » – et il envisage de proposer la socca, le pan bagnat, les petits farcis et la pissaladière au coin des rues, sur le mode des marchands ambulants de bretzels et de hot-dogs. Petit détail : toutes ces spécialités conviendront-elles au goût américain? « Bien sûr! C’est même notre force. Personne ne sait ce que c’est et nous serons les premiers! »
            

 

 

Attention, je ne fais pas partie de ces français qui méprisent ceux qui ont réussit à se faire un nom outre-Atlantique. Et évidemment, je serai fière en tant que niçoise, si une entreprise aussi locale que Lou Pilha Leva se faisait une place en or au pays des hamburgers. Mais j'ai envie de demander à Franck Le Goff ce qu'il connaît de la cuisine traditionnelle niçoise et s'il n'est pas un peu arrogant d'oser proclamer aujourd'hui son enseigne comme proposant "le meilleur de la cuisine traditionnelle niçoise" ... Ces spécialités au goût de réchauffé industriel et ce service façon McDo sont-ils vraiment représentatifs de la culture niçoise ??? Ouvrez vos "Nice LPL" où vous voulez mais n'oubliez pas de toujours mettre en avant votre 1ère vitrine; celle qui est censée être le coeur de votre entreprise, garante de la tradition culinaire locale. Faites un petit tour du côté de votre comptoir de vente et observez la qualité de service qui y est proposé - et la dégaine vulgaire de la vendeuse. Et goûtez un peu à ce que vous vendez... ne pensez-vous pas qu'un effort est à faire ? 

 

Lou Pilha Leva en tant qu'institution typique niçoise, il faudra repasser. C'est surtout actuellement une baraque à touristes, qui peuvent effectivement penser que se faire maltraiter et bouffer gras sans avoir droit à un "bonjour", "bon appétit" ou "bonne dégustation" , c'est niçois ! Il est certainement difficile de rester au top niveau quand on vous colle l'étiquette de "lieu incontournable" pour touristes et locaux. Mais justement, ce qu'il ne faut jamais oublier c'est que 70 80 % de l'année c'est nous, la clientèle locale, qui venons dans vos établissements. Et je pense que nous méritons autant d'effort que ceux qui viennent de loin. 

 

Lou Pilha Leva, je ne dis pas que je n'y retournerai plus jamais - bien que pendant la rédaction de cet article, une collègue vient de me confirmer son égale déception il y a un an déjà ... Mais une fois que j'aurai oublié cet incident déplorable et les perturbations gastriques qui s'en sont suivies, je leur laisserai un dernier bénéficie du doute, un seul. Let it will be ...

 

Lou Pilha Leva

10-13 Rue Collet, 06300 Nice

4, Cours Saleya, 06300 Nice

 

Lundi - Dimanche :  de 10:00 à 22:00(Jusqu'à 01h en été)

Fermetures exceptionnelles : 

Fermeture certains jours fériés
Noël
Jour de l'An
1er mai
 

Commenter cet article

CgX 27/10/2010 10:53


Je me dis après coup que tout ça est logique : Si les pizzas et les soccas sont devenues grasses coulantes et insipides, c'est justement pour s'adapter au marché américain ! ( et paf )


PimentWouj 27/10/2010 10:54



tiens pas bête ^^



CgX 27/10/2010 10:50


Je suis choqué d'apprendre tout cela, que je ne savais pas !

Je crois que je ne suis pas retourné dans ce Snack cette année, mais voyant ce que c'est devenu, ça ne me donne plus envie d'y retourner....


killaee 27/10/2010 10:43


Et voui Lou Phila leva n'est plus ce qu'il était... Je reste Fidèle a René Socca :)


PimentWouj 27/10/2010 10:55



Ah oui René Socca j'en ai souvent entendu parler...ben je vais essayer la prochaine fois voilà !



Martin K 27/10/2010 10:09


Fatche ! La serveuse, tu t'en seras pas fait une copine, pour sûr. "Bonne à bosser sur la Prom"... waouh ! En matière de spécialité locale, ça envoie !

Bon, cela dit, et de mémoire, les serveuses ne servent pas à grand-chose, là-bas, si ce n'est à apporter à boire et... à donner des couverts, oui. Hum. Si ça les empêche d'être poli, c'est plus que
déplorable, en effet.

L'article de Nice Matin me fait bien rire en ce qu'il flatte quand même un peu l'orgueil niçois dans le sens du poil, sans tenir compte de ce que LPL est devenu. Et j'aime beaucoup le "Breton
d'origine né à Paris". Il se trouve que c'est mon cas, ce n'est pas pour ça que je me sens d'aller vendre des crèpes sur Broadway. Non mais alors !

Article intéressant. C'est plutôt du point de vue culinaire que LPL m'avait déçu les dernières fois que j'y suis allé. Rien de transcendant, en fait. Comme toi, j'y retournerai sans doute, mais
sans grande conviction...

Il faut dire que j'ai ma cantine, dans le Vieux, dans un autre registre il est vrai. Mais ceci est une autre histoire...