Mains de fer & gants de soie : The Grandmaster

Publié le par PimentWouj

Le cinéma asiatique a cette faculté à proposer des oeuvres mêlant poésie, arts-martiaux et philosophie. De - ma - mémoire, le dernier exemple en date qui me subjugua en la matière fut Hero (2003 - Zhang Yimou), véritable quintessence cinématographique en forme d'estampe prenant vie sous les yeux du spectateur émerveillé - merci pour la nuit dernière mon doux Arte.

Depuis et peut-être aussi par manque de programmation audacieuse et exotique des cinoches français - et surtout dans ma contrée, je n'ai jamais pu retrouver cette saveur particulière dans les salles obscures.... jusqu'à ces dernier jours qui ont marqué le retour du réalisateur hong-kongais Wong Kar-Wai avec son dernier long-métrage : The Grandmaster

D'emblée, je préviens le spectateur accro aux "bagarres de bridés" que The Grandmaster n'est pas un énième film-fouillis ou des adeptes des arts-martiaux se tatanent la tronche à tout va sur fond de bruitage kitsch et de décors en carton-pâte - ça, c'est pour les commentaires haino-pathétiques lu sur Allociné.fr. Car là où certains se sont arrêté à la référence du film faite à Ip Man, grand maître chinois du style wing chun - et au passage premier professeur de Bruce Lee - il faut voir au-delà et comprendre que Wong Kar-Wai n'a pas voulu faire un - simple - film de kung-fu dans la tradition chinoise; bien au contraire... 

TheGrandmaster TheGrandmaster

The Grandmaster nous "plonge" dans le personnage de Ip Man - Yip Kai-man de son véritable nom - en lui-même alors qu'il est dans l'âge d'or de sa vie, en 1936. Nous y découvrons un homme passionné de kung-fu et perfecteur acharné de sa propre branche du wing chun. A cette époque, Ip Man est un maître sans élèves. Et surtout, il s'apprête à voir son destin bouleversé par l'invasion japonaise contre laquelle il luttera à sa façon, non pas dans ce qui aurait pu être de grotesque et aberrants combats du "gentil maître chinois contre les méchants japonais", mais dans l'enseignement de son art d'abord officieusement à des militaires et des proches, puis quelques années plus tard dans les écoles qu'il ouvrira. Cet aspect est seulement esquissé par Wong Kar-Wai qui a introduit des personnages fictifs - mais inspirés de vrais - autour de Ip Man, afin d'aborder cette légende et de la mettre en relief. Ainsi, pour maintenir une certaine crédibilité, sans pour autant verser dans le pur long-métrage d'action destiné à nous montrer uniquement "le génial Ip Man et ses p..... de brillants élèves", Wong Kar-Wai a mûri, réfléchit puis travaillé minutieusement The Grandmaster sur un total de dix longues années. 

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Et quand on voit le travail de titan fournit par son réalisateur et ses équipes (respectivement 1 mois de tournage pour la scène d'introduction et celle du combat entre Ip Man (Tony Leung) et Gong Er (Zhang Ziyi); 1 ans d'entraînement pour Tony Leung (+ 2 fractures des bras); 360 jours de tournage sur 3 ans; ...), on peut s'autoriser à laisser une chance à The Grandmaster de nous étonner.

Mal vendu par la bande-annonce française qui laissait présager d'un grand tournoi pour remplacer un vieux maître sur fond de complots prévisibles, The Grandmaster offre - bien loin de ça - un temps d'arrêt sur l'essence qui anima les maîtres d'arts martiaux pendant ce qui fut une des périodes les plus fastes pour ces disciplines. Durant les deux heures que dure le film, le réalisateur nous offre de très belles scènes de combats (chorégraphiées par Woo-Ping Yuen), mais aussi des échanges mesurés, une photographie soyeuse et fatale et une musique maîtrisée (composée par Shigeru Umebayashi). Les gestes, regards, paroles et poses sont soigneusement détaillées et étudiées. Certes nous avons longtemps attendu The Grandmaster, mais le résultat : un cinéma rare et fin, en valait sûrement la peine. Tony Leung Chiu Wai et Zhang Ziyi livrent une prestation d'une grande justesse et n'en font jamais trop. Et pour la postérité un petit clin d'oeil est fait à la fin avec un certain petit gamin rieur et nerveux qui fait ses débuts dans l'école d'Ip Man entre 1953 et 1954... Je vous enjoint à aller respirer les vapeurs d'opium épuré de The Grandmaster sans hésiter. 

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what causes snoring 08/07/2014 12:18

The Grandmaster is one of the finest movies ever made in Asian film industry. The movie stars Tony Leung, Zhang Ziyi, Yuen Woo-Ping, and Shigeru Umebayasi. Thanks for sharing a detailed review on it. I am planning to watch it next week.

Mobb 03/05/2013 15:26

plutot sympa