Entretien avec un artiste : Thomas Debatisse Beal aka Otom

Publié le par PimentWouj

J'ai d'abord rencontré ses oeuvres urbaines à fleur de murs délaissés, mon Canon arnaché près du corps et mes Converse dans la poussière métisse d'un ancien baraquement militaire. Puis j'ai vu sa signature et son peusdo : Otom, accolé à des graffitis au trait unique. Et ensuite j'ai découvert l'existence artistique de Thomas Debatisse Beal.

Depuis peu, la Galerie Nouchine de Beaulieu-sur-Mer lui a ouvert ses portes. Et un après-midi de février, j'ai pu converser de son inspiration et de son Moi artiste avec lui.

Novice mais rigoureuse, j'avais préparé soigneusement mes questions. Mais ce n'est pas ainsi qu'on aborde Otom. Il m'accueille à bras ouverts dans la galerie et très vite, s'installe devant une grande feuille - presque pas entamée - blanche, une boîte de Pringles et une bouteille d'Ice Tea à portée de mains et surtout, surtout... un Netbook câblé à 100% sur un contest de BMX en direct. "Le plus grand contest BMX du monde - m'explique-t-il, passionné : le Simple Session 2014 ! Là tu vois les grosses légumes du BMX. Certains mecs sont payés pour venir. T'as carrément des figures présentées en première mondiale !!!". Le ton est donné. Ce n'est pas une interview qui va avoir lieu ici mais un entretien à bâton rompus, improvisé et spontané.

Artiste au sens large du terme, Otom est curieux de tout art. Il confesse que si les conditions étaient réunies - et humainement faisables, il s'essaierait à tout ce qui serait à portée de ses mains créatrices. D'ailleurs je comprends vite que j'ai eu tort de croire que M.Debatisse n'est "que" graffeur. Il dessine, graff, peint... et ride aussi à l'occasion ne l'oublions pas. Et quand je lui demande ce qu'il y trouve, il me parle immédiatement d'un vortex d'émotions nées du mélange de ces disciplines : l'introspection mais aussi le contact au autres, la couleur vive face au Noir et Blanc, le travail minitieux de ses dessins opposé au style plus relâché - toutes proportions gardées - du graffiti, etc... autant de sens contraires qui bousculent joyeusement ses idées et ses inspirations.

Il a bien tenté d'entrer dans une norme artistique et a suivi une formation d'infographiste. Mais même si il s'est enrichi de ce parcours, les tablettes graphiques et les couleurs numériques ne sont pas ses outils de prédilections. Thomas Debatisse Beal aka Otom est foncièrement terrien et humain. Il aime le contact pure dans la construction de toute chose. "J'aime mettre les mains dans le cambouis." avoue-t-il sans hésiter. Quand j'évoque ces sensations - entre autres - d'épluchures de gomme et de crayons et l'encrassement graphite entre les doigts, il acquiesse...

Dans ses oeuvres dessinées, on retrouve la source de ses idées : Le Cyberpunk, dans ce qu'il peut avoir de meilleur. Ses références ultimes ne sont autres que Gunnm (Yukito Kishiro), Akira ( Katsuhiro Otomo), Ghost in the Shell ( Mamoru Oshiii/Masamune Shirow) et on pourrait encore citer Metropolis du grand Ozamu Tezuka ou les oeuvres graphiques mécaniques plus confidentielles de Toriyama (Dragon Ball). "J'ai visualisé Akira un nombre incalculable de fois ! Je me matte la scène d'intro de Ghost in the Shell au moins une fois par semaine."

Des influences denses des univers Terminator (James Cameron) ou Blade Runner (Ridley Scott) sont aussi palpables. Un soupçon de pop-art et de comics se fait - bien - sentir ici ou là également. En transverse, il me confesse adorer le trait du dessinateur Franquin (Gaston Lagaffe). D'ailleurs...n'y a-t-il pas un petit côté du personnage fétiche de BD en lui ?

Cette soif de Cyberpunk n'est pas née par hasard. "Mon père m'a fait découvrir la BD franco-belge et il m'a communiqué ses passions musicales et surtout l'amour de la mécanique."

La "mécanique" justement se retrouve dans la plupart de ses oeuvres. Ce qui intéresse Otom, c'est le coeur de chaque chose, leur détail, leur fonctionnement, les jonctions existentes, etc... et cela, que ce soit pour un être humain où une machine...

Cette expo à la Galerie Nouchine lui a demandé plus de 6 mois de préparation; la plupart des oeuvres exposées ayant été réalisées spécialement pour l'évènement. Avec autant de visiteurs que d'engouement pour cette première, Otom projette déjà de démarcher d'autres galeries et pourquoi pas de faire un book. Et quand on lui demande s'il rêve qu'on arrache un morceau de mur avec ses graffitis comme pour Banksy, sa réponse est "Non, un graffiti est né dans la rue et il a vocation à y rester et y disparaître."

Si on veut une oeuvre d'Otom chez soi on fait quoi ? Première solution : se payer une toile exposée à la Galerie Nouchine. Deuxième solution : Facebook pour prendre contact, exposer son envie et en discuter avec lui.

Si on veut savoir se ce ça vaut le coup de patte d'Otom ? Rendez-vous jusqu'au 6 mars 2014 à la Galerie Nouchine (prendre contact au préalable pour les horaires).

"Je travaille à la simple expansion de mon univers propre..." Thomas Debatisse Beal aka Otom

photos ©Moko Mad'moiselle - video ©Cassie CK

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MONCORGER MF 01/01/2015 19:16

Bjr Thomas. Je ne te connaissais pas autant de talent ! Félicitations. Tu es un grand artiste...
Maman d'Eve